Loving you
(Ruf Records – 2026)
Durée 41’02 – 10 Titres
https://www.bernardallison.com
Il y a des artistes dont la trajectoire raconte autant l’histoire du blues que leurs propres albums. Bernard Allison fait partie de ceux-là. Fils du légendaire Luther Allison, il a grandi entre Chicago et l’Europe, nourri par les tournées, les répétitions, les coulisses et les scènes où son père façonnait un son devenu mythique. Très tôt, Bernard absorbe cette énergie brute, mais aussi les influences texanes de Johnny Winter et Stevie Ray Vaughan, qu’il mêle à des touches de funk et de R&B pour créer une identité musicale immédiatement reconnaissable.
Dans les années 1990, il s’impose comme l’un des jeunes guitaristes les plus prometteurs de la scène blues contemporaine. Ses premiers albums solo le voient sortir de l’ombre paternelle pour affirmer une voix, un style et une présence scénique qui lui sont propres. Trois décennies plus tard, Bernard Allison est devenu un vétéran respecté, fort de plus de vingt albums, d’innombrables tournées et d’une communauté de musiciens fidèles qui l’accompagnent depuis longtemps.
C’est précisément cette famille élargie, biologique et musicale, qu’il célèbre aujourd’hui avec « Loving You », un album pensé comme une réunion chaleureuse, un geste de gratitude envers ceux qui ont façonné son parcours.
L’album s’ouvre sur « Left Me With My Guitar », un blues funky où Allison rend hommage à son compagnon le plus fidèle, sa guitare. Le ton est donné avec un groove solide, une énergie lumineuse, et cette manière unique de faire respirer chaque riff.
Le deuxième titre, « 4 O’Clock In The Morning », accueille le pianiste Victor Wainwright, sept fois récompensé aux Blues Music Awards. Le morceau devient un dialogue vibrant entre les deux hommes, porté par les piano rolls flamboyants de Wainwright et la voix chaleureuse d’Allison .
Avec « Time Traveler », coécrit avec Matthew Mwangi, le disque explore un funk plus anguleux, presque staccato, où Larry McCray et Mwangi tissent un jeu de guitares aussi précis que jubilatoire. « Slide On Over » surprend par sa sensualité soul, loin du slide guitar que le titre pourrait laisser imaginer. Allison y cite Marvin Gaye et Betty Wright, tandis que Jasper et Lyndsey Allison enveloppent le morceau de leurs harmonies soyeuses.
Le disque bascule ensuite dans le rock avec une reprise électrisante de « Rock & Roll Hoochie Koo », hommage à Rick Derringer, où Matthew Curry apporte une énergie brute et jubilatoire. « Busted & Disgusted » plonge dans un blues narratif, sombre et théâtral, où Allison incarne un joueur malchanceux incapable de résister à un dernier pari.
Le morceau-titre, « Loving You », est un concentré de funk irrésistible, dynamisé par la guitare de Devon Allman et les handclaps contagieux de Larry “Doc” Watkins. Suit « Should I Wait », ballade soul où Allison explore les doutes d’une relation incertaine.
« Pay What You Owe Me » se distingue par les arrangements de violon d’Heather Hardy, qui ajoutent une élégance inattendue à ce blues moderne, tandis que Stevie J Blues et les jeunes Allison renforcent la profondeur vocale du morceau.
Enfin, « Blues Thang » clôt l’album comme une signature, un blues funké, direct, assumé, où Allison rappelle son credo artistique, « It ain’t nothin but a blues thang ». Une manière de dire que, malgré les évolutions, les collaborations et les explorations stylistiques, l’essence demeure intacte.
Avec « Loving You », Bernard Allison signe un album généreux, lumineux, profondément humain. Il y célèbre ses racines, ses influences, ses amitiés, sa famille, et cette communauté blues qui l’accompagne depuis toujours. Le disque est à la fois familier et neuf. Familier dans son groove, sa chaleur, sa sincérité, neuf dans ses collaborations, ses textures, ses surprises.
C’est un album de musicien accompli, qui n’a plus rien à prouver mais encore beaucoup à partager. Un disque qui rappelle que plus qu’une musique, le blues est une manière de vivre, de transmettre, de rassembler. Et Bernard Allison, plus que jamais, en est l’un des artisans les plus attachants.