Monty Picon
(Ido Productions – 2026)
Durée 63’25 – 15 Titres
Monty Picon, c’est d’abord une histoire de bande. Une aventure démarrée en 2006, quand neuf musiciens rennais décident de mêler l’urgence du rock à la démesure d’une fanfare. Très vite, le groupe impose une signature sonore impossible à confondre avec un noyau rythmique massif, des guitares qui mordent, un banjo qui claque comme dans un western déjanté, et une section cuivre qui surgit telle une armée en charge.
Sur scène, cette fusion prend feu. Héritiers de l’esprit frondeur de La Mano Negra, Monty Picon développe un show explosif, théâtral, jubilatoire, où l’énergie collective devient une force motrice. Le groupe s’impose alors comme l’un des projets les plus atypiques du paysage rock français, un ovni musical qui traverse les années sans jamais perdre son goût pour l’excès, la camaraderie et la liberté.
Pour célébrer leur parcours, Monty Picon livre un cinquième album éponyme, pensé comme une carte d’identité sonore. Quinze titres, quinze angles d’attaque, quinze manières de rappeler que ce collectif n’a jamais accepté de se laisser enfermer dans un genre.
Ce nouvel opus fonctionne comme un laboratoire en mouvement. On y croise des instrumentaux nerveux, des passages rappés dans l’esprit des Svinkels, des brûlots scandés sur des rythmiques tranchantes, des fulgurances fusion qui évoquent la tension d’un Rage Against The Machine, des titres dansants aux accents balkaniques ou soviétiques, et des respirations plus groovy où les voix se glissent dans des ambiances moelleuses.
Cette diversité n’est jamais gratuite, elle témoigne d’un spectre musical assumé, éprouvé, poussé dans ses retranchements. Monty Picon ne cherche pas à prouver qu’il sait tout faire, il montre qu’il sait être lui-même dans toutes les configurations.
L’album frappe par son grain organique. Arthur Paichereau, à la réalisation, capture l’énergie brute du groupe comme si chaque morceau avait été enregistré en pleine scène. Les trois voix se répondent, les guitares rugissent, les cuivres s’élèvent avec une puissance orchestrale, et la double batterie imprime une dynamique quasi cinématographique.
On sent le souffle, la sueur, la proximité. Rien n’est figé, tout vit, tout bouge, tout respire. C’est un disque qui pulse. Fidèle à son ADN de bande ouverte, Monty Picon convie plusieurs complices. Des voix, des claviers, des effets, une section cuivre élargie, chaque intervention ajoute du relief, de la couleur, de la densité.
Entre les morceaux, des interludes acoustiques captés lors de soirées festives dévoilent l’envers du décor, la camaraderie, la spontanéité, le plaisir simple de jouer ensemble. On y entend le groupe sans costume, sans mise en scène, juste vivant.
L’album se distingue aussi par son identité visuelle. Un livret de trente-deux pages, conçu comme une BD, met en scène les neuf musiciens dans une aventure punk et débridée. L’humour, la dérision, le goût du récit, tout ce qui fait la personnalité du groupe se retrouve dans ces planches. Cette dimension graphique n’est pas un gadget, elle prolonge l’univers Monty Picon, celui d’un collectif qui raconte des histoires autant qu’il joue des notes.
Ce cinquième album n’est pas seulement une célébration, c’est une démonstration. Monty Picon confirme qu’il reste un groupe hors format, en mouvement permanent, capable de traverser les styles sans perdre son identité. Un collectif qui joue fort, qui joue vrai, et qui continue de faire vivre une idée du rock où la fête, la liberté et l’audace ne sont jamais négociables.