Inner forest

(Igloo Records – 2026)  

Durée 47’31 – 10 Titres 

https://www.julien-tassin.com

Avec son nouveau trio, Julien Tassin poursuit une quête entamée depuis plusieurs années, dépouiller la musique de tout superflu pour atteindre une forme de vérité sonore, presque primitive, presque nue. Aux côtés du saxophoniste Erwin Vann et du batteur Jean‑Marc Butty, il façonne un espace où chaque note semble peser le poids du silence qui l’entoure. Rien n’est forcé, rien n’est démonstratif. Le trio avance comme une marche lente dans un paysage intérieur, où la musique devient une manière de reprendre souffle dans un monde saturé de vitesse.

Ce projet est né d’un besoin partagé, ralentir. Se tenir à distance du tumulte, laisser les idées mûrir sans contrainte. Cette temporalité élargie donne naissance à une musique profondément organique, où les histoires personnelles de Julien se transforment en images contemplatives. Nostalgie, présence dans l’absence, communion, autant de thèmes qui traversent son écriture et trouvent ici un terrain d’expression collectif. La virtuosité n’est jamais un objectif, l’ego encore moins. Le trio privilégie une narration commune, une écoute mutuelle qui devient la véritable matière du son.

La dimension thérapeutique, omniprésente, n’est pas un concept plaqué mais une réalité vécue. Erwin et Jean‑Marc, tous deux sensibles aux pratiques de pleine conscience, apportent une attention rare à la respiration, au grain, à la vibration. La guitare en nylon de Julien, délicate et précise, s’inscrit dans cette même intention, jouer moins pour dire plus.

A cette alchimie s’ajoute la présence sur quelques pièces de Mathieu Robert, invité au saxophone soprano et au shakuhachi, qui étire encore davantage le spectre acoustique du trio. Et l’ombre bienveillante de John Parish, directeur artistique, qui choisit la bande magnétique et les effets analogiques pour préserver la rugosité, la chaleur, la vérité du son. Le résultat : un paysage vibrant, brut, méditatif, qui invite à apaiser l’esprit et à se reconnecter au monde.

Avec « Inner Forest », le Julien Tassin Trio signe un album qui ressemble moins à un disque qu’à un lieu. Un sanctuaire. Une clairière intérieure où la musique ne cherche pas à impressionner mais à révéler. Tout y est pensé pour laisser la matière sonore respirer, les textures, les silences, les micro‑gestes, les résonances. On entre dans l’album comme on entrerait dans une forêt au petit matin, avec cette sensation d’être accueilli par quelque chose de vivant, de fragile, de profondément humain.

La guitare aux cordes nylon de Julien est le cœur battant du disque. Elle ne s’impose jamais, elle guide. Son jeu, d’une sobriété presque ascétique, trace des lignes fines qui ouvrent des espaces plutôt qu’elles ne les remplissent. Chaque motif semble surgir d’un souvenir, d’une émotion retenue, d’un geste intime. On y entend autant le blues intérieur que la musique de chambre, autant la folk dépouillée que l’épure contemporaine.

Erwin Vann apporte une voix qui ne cherche pas à dominer mais à dialoguer. Son saxophone, souvent murmuré, devient une présence humaine, une respiration parallèle. Jean‑Marc Butty, lui, joue la batterie comme on sculpte l’air, frappes rares, textures, frottements, pulsations discrètes. Ensemble, ils construisent une musique qui avance par suggestion, par tension douce, par élans retenus.

Le travail de John Parish est essentiel. En privilégiant l’analogique, il donne au trio une présence physique, une chaleur granuleuse qui transforme l’écoute en expérience tactile. On sent la vibration du bois, le souffle dans le métal, la peau des tambours. Rien n’est lisse, rien n’est surtraité. Cette rugosité contrôlée fait de « Inner Forest » un disque qui apaise autant qu’il bouscule.

C’est un album rare, un disque qui ne cherche pas à séduire mais à accompagner. Une œuvre qui invite à ralentir, à écouter autrement, à se laisser traverser. Le Julien Tassin Trio y atteint une forme de maturité où la simplicité devient profondeur, où le minimalisme devient émotion, où la musique devient un lieu de soin. Un album qui ne s’écoute pas seulement avec les oreilles, mais avec tout ce qui reste silencieux en nous.

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