Face au labyrinthe
(InOuïe Distribution – 2026)
Durée 31’03 – 10 Titres
https://www.facebook.com/SimonChenetMusic
Il y a chez Simon Chenet une manière rare de faire chanter la guitare comme une voix humaine, de la laisser raconter ce que les mots peinent parfois à saisir. Issu d’une famille de chansonniers, de musiciens et d’accordéonistes, il porte en lui un héritage profondément parisien, celui du musette et des bals populaires, mais aussi une curiosité insatiable pour les musiques du monde.
On le présente comme un French Khruangbin, une formule qui dit bien son goût pour les grooves hypnotiques, les mélodies voyageuses et les paysages sonores qui s’étirent comme des routes sans fin. Chef d’orchestre, guitariste et compositeur, il a travaillé sur une vingtaine d’albums et accompagné sur scène ou en studio des artistes aussi variés que Fémi Kuti, Gaël Faye, Mélissa Laveaux ou Victor Démé.
Voyageur infatigable, il a parcouru les festivals de guitare et de jazz sur les cinq continents, de Jazz à Vienne au Calcutta Jazz Festival, du Tahiti Guitare Festival à Matanzas à Cuba.
Après « Elle m’a dit » (2019), « Le jour des Vermeilles » (2022) et ses aventures avec Komasi, il revient aujourd’hui avec son album le plus intime, le plus narratif, le plus incarné. Composé entre Paris et Meknès, « Face au Labyrinthe » n’est pas seulement un album, c’est un récit initiatique.
Le texte d’introduction raconte comment tout commence en février 2024, lors d’une résidence dans la médina de Meknès, où Simon décide de séjourner, sans guitare. Ce vide, volontaire et déroutant, deviendra le point de départ d’une aventure humaine et sonore. De cette absence naît un geste fondateur, la construction d’un instrument unique, la Madedina, façonnée à la main dans les ruelles du souk. C’est sur elle que s’écrira la matière du disque.
L’album est pensé comme une traversée, chaque morceau étant une séquence de film, une étape sur la route d’un voyage intérieur et géographique. La guitare y devient narratrice, confidente, guide. Elle dit la joie du départ, le doute, la lumière, la perte, la sérénité retrouvée.
Musicalement, Simon Chenet tisse un pont entre latin-rock, groove psychédélique, musiques méditerranéennes et mémoire du musette familial. On y entend l’ombre de Khruangbin, Hermanos Gutiérrez ou Glass Beams, mais aussi l’élégance mélodique d’une chanson française sans paroles.
« Prépare tes bagages » ouvre le disque comme une porte qui s’ouvre sur la route. Le trio guitare-basse-batterie impulse un mouvement irrésistible, et l’accordéon final agit comme un signe, le monde s’ouvre, et l’histoire commence. Avec « Almataha », composé sur la Madedina, Simon plonge au cœur du labyrinthe. Le morceau oscille entre clarté solaire et vertige intérieur, inspiré par les ruelles enchevêtrées de la médina. C’est une musique de quête, de doute, de lumière.
« Pleins Phares » accélère la cadence avec un rock-funk lumineux, nocturne, presque cinématographique. On y roule dans la nuit, pleins phares, porté par un solo final éclatant. « Tchereline », écrit pour sa femme, est une parenthèse tendre et pudique, une valse intime où la gratitude devient mélodie. Avec « Sègin Djiougou », la voix mystique de Lagaré Super transporte l’album dans une dimension spirituelle. Son message, suis ton inspiration, agit comme un mantra, une boussole intérieure.
« Miroir » marque le moment du doute, du face-à-face. Les guitares et l’accordéon se répondent comme deux êtres qui se cherchent sans se comprendre. Plus loin, « Vous n’êtes pas raisonnable » célèbre la folie douce, la déraison nécessaire, portée par un rythme angolais vibrant.
« Le Dénicheur », seule reprise, rend hommage aux racines familiales et au swing-musette parisien, revisité avec élégance. « Le toit des mers », écrit à Meknès, est une halte contemplative, un western oriental suspendu entre désert et océan. Enfin, « Capoiseau » referme le voyage sur une note apaisée, lumineuse, où le monde continue de tourner, mais où le cœur est calme.
« Face au Labyrinthe » est un disque profondément humain. On y entend le vent du désert, les échos d’un atelier d’artisan, les vibrations d’une corde qui devient voix. Simon Chenet y apparaît tel qu’il est, un musicien libre, lumineux, qui avance sans chercher à briller, mais en cherchant à toucher juste. Un guitariste qui transforme chaque détour en horizon et qui, « Face au Labyrinthe », choisit la sincérité comme fil d’Ariane.