While I can
(Blue Sky Tunes – Blind Raccoon – 2026)
Durée 42’13 – 12 Titres
Certains musiciens traversent les décennies sans jamais perdre de vue l’essentiel, jouer vrai, jouer juste, jouer humain. Mike Guldin fait partie de ceux-là. Guitariste et chanteur américain, il découvre son instrument à l’adolescence et ne le lâchera plus. Depuis près d’un demi-siècle, il écume roadhouses, clubs, bars, festivals et théâtres, forgeant une identité musicale profondément ancrée dans le blues et la soul.
Ses influences racontent déjà une partie de son histoire, Muddy Waters, Howlin’ Wolf, Willie Dixon, Albert Collins, les trois King, mais aussi les Allman Brothers, Eric Clapton, Stevie Ray Vaughan, les grooves Stax, la soul sudiste, et même les parfums country de Delbert McClinton ou Lee Roy Parnell. Une mosaïque d’héritages qui nourrit un style chaleureux, direct, sans artifice.
Au fil des années, il partagera l’affiche avec Sam Moore, Levon Helm, Tab Benoit, Shemekia Copeland ou encore Tommy Castro, autant de preuves d’un respect acquis sur la route, au contact du public et de ses pairs.
Avec « While I Can », Mike Guldin signe un disque profondément humain, un album qui ne cherche pas l’effet mais la vérité. Tout y est, Guldin ne court pas après la mode mais plutôt après ce qui compte. Le fil rouge de l’ouvrage est limpide, dire, aimer, réparer, chanter tant qu’il en est encore temps. Les chansons sont traversées par cette urgence douce, cette lucidité qui vient avec les années.
Musicalement, l’album navigue entre Americana, blues rock et ballades soul. La production, signée Kevin McKendree, une référence récompensée aux Grammy Awards, reste organique, chaleureuse, presque live. Le disque a été enregistré au légendaire Rock House de Nashville, avec un groupe surnommé The Hot Links, et on sent cette énergie collective, cette respiration commune.
Le premier titre, « Driving Rain », met immédiatement l’album en mouvement. C’est une chanson d’urgence amoureuse, où la route devient métaphore du désir et du manque, un morceau simple, efficace, viscéral. « Heartbreak In Disguise » est sans doute l’un des cœurs émotionnels du disque. Une chanson qui explore ce moment suspendu où l’amour vacille sans que personne n’ose le dire. L’ouverture est d’une honnêteté désarmante et la présence vocale de Jackie Wilson apporte une profondeur soul remarquable.
Avec « Roll Chattahoochee Roll », Guldin célèbre les racines, la famille, les paysages qui façonnent une vie. Le refrain, chaleureux et imagé, évoque les eaux calmes et profondes où le poisson-chat mord à l’hameçon et le whisky bon marché qui coule à flot. Une chanson qui sent la terre, la chaleur, la mémoire. « Goin’ Back To Memphis » est sans doute la pièce la plus narrative du disque. Guldin y mêle histoire familiale et histoire musicale, évoque son père travaillant sur les docks en 1962, puis l’éveil aux sons de Beale Street, de B.B. King ou Booker T.
Le moment le plus poignant survient lorsque le narrateur apprend la mort de son père et respecte sa dernière volonté, celle de l’enterrer sous cette pyramide. C’est une chanson à la fois intime et universelle. Au bout de la route, « While I Can » s’affirme comme un album de maturité, mais surtout comme un album de sincérité. Mike Guldin y met tout ce qui fait sa force, des histoires vraies, des mélodies solides, une voix où se mêlent grain et vulnérabilité, et ce sens du blues qui ne s’apprend pas dans les livres mais sur la route, au contact de la vie.
Un disque touchant qui dit ce que beaucoup pensent sans toujours savoir le formuler, qui dit qu’il faut aimer, dire, vivre… tant qu’on le peut !