Solid ground

(Katalex Records – 2026)  

Durée 35’00 – 11 Titres 

https://benjbrandt.com/home

Il y a chez Ben Brandt cette manière rare de faire sonner la guitare comme un prolongement de la colonne vertébrale. Pas un simple instrument, mais un organe supplémentaire, vibrant, nerveux, chargé d’histoires. Né dans une famille où la musique circulait comme une langue maternelle, Brandt s’est très tôt forgé une identité singulière, un mélange de blues viscéral, de rock sculpté au burin et d’une sensibilité mélodique qui trahit un amour profond pour les grands artisans du son.

Adolescent, il écume les scènes locales, apprend la scène comme d’autres apprennent la rue, en observant, en absorbant, en se frottant au réel. Très vite, son jeu attire l’attention. On parle de lui comme d’un guitariste capable de conjuguer puissance et nuance, de faire cohabiter la rugosité du riff et la délicatesse d’un vibrato presque vocal. Sa carrière se construit sans tapage, mais avec une constance admirable, collaborations, tournées, projets personnels, toujours guidés par une même exigence, rester vrai, rester ancré.

C’est précisément cette notion d’ancrage qui irrigue « Solid Ground », l’un de ses albums les plus aboutis. Un disque qui porte bien son nom puisqu’on y sent la terre, la stabilité, mais aussi la force tellurique qui bouillonne sous la surface. Ben Brandt n’a plus rien à prouver, seulement quelque chose à transmettre.

L’album s’ouvre sur un son large, chaleureux, presque organique. La production laisse respirer chaque instrument, comme si Brandt avait voulu capturer non pas une performance, mais un espace, un climat, une vérité. Il ne surcharge jamais. Il choisit ses notes comme un sculpteur choisit ses coups de ciseau, avec intention, avec respect pour la matière. Les solos ne sont pas des démonstrations, mais des confidences. Les riffs, eux, avancent avec la détermination d’un marcheur qui connaît le chemin mais savoure chaque pas.

Ce qui séduit dans « Solid Ground », c’est l’équilibre entre tradition et modernité. On y entend l’ombre des maîtres, du blues électrique aux grandes heures du rock américain, mais Ben Brandt ne se contente jamais de citer. Il prolonge, il adapte, il réinvente. Les compositions sont solides, construites, mais jamais rigides. Elles respirent, elles vivent.

Le titre « Solid Ground » n’est pas qu’un concept, c’est une sensation. Celle d’un musicien arrivé à maturité, sûr de son langage, capable d’émouvoir sans artifices. L’album s’écoute d’une traite, comme un voyage cohérent, une traversée intérieure où chaque morceau joue un rôle précis. On en ressort avec cette impression rare d’avoir entendu un artiste en pleine possession de ses moyens, mais surtout en pleine sincérité.

Avec ce nouvel effort, Ben Brandt signe un album profondément humain, ancré, lumineux. Une œuvre qui confirme ce que sa biographie laissait déjà deviner … Derrière le guitariste virtuose se cache un conteur, un artisan du son, un musicien qui sait que la vraie force ne réside pas dans la vitesse ou le volume, mais dans la vérité.

Un disque qui porte bien son nom, et un artiste qui, plus que jamais, marche sur un terrain solide.

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