The storm is coming

(Mars Invasion Records – 2025)  

Durée 36’15 – 10 Titres 

https://www.facebook.com/p/No-Jazz-Quartet-100064119543387

A Marseille, certains groupes naissent dans le bruit, d’autres dans la fraternité. No Jazz Quartet, lui, est né des deux. Fondé en 2018 comme un simple groupe de reprises entre vieux potes rockeurs marseillais qui s’offrent la joie de jouer ensemble, le quatuor bascule rapidement dans l’écriture originale. Dès 2019, il assume ses propres compositions, porté par une énergie brute et une sincérité qui deviendront sa signature.

Le premier album, « You’re Gonna Leave The Building Soon », enregistré pendant la parenthèse Covid, attire l’attention, deux mois dans la Feraliste, un coup de projecteur de Rolling Stone … De quoi confirmer que ce groupe au nom ironique, No Jazz Quartet, clin d’œil à leur refus des étiquettes, n’est pas une blague de potes mais une formation qui compte.

Le line-up raconte une histoire du rock marseillais à lui seul. Manu, batteur rageur et précis, vient de quinze ans d’aventures avec Elektrolux. Paul “Sonic Polo”, guitare et chant, est un rocker guéri par le punk, passé par The Holy Curse, Keith Richards Overdose, et co-gérant du disquaire culte Lollipop. James Mc Clellan, guitare et chant, baryton tantôt distingué tantôt colérique, mêle rockabilly, folk et expérimentations nourries par quatre ans d’électroacoustique au conservatoire. Et enfin Pierre, bassiste jazz diplômé, qui apporte la science harmonique et la souplesse rythmique qui densifient le son du groupe.

Leur esthétique ? Un rock abrasif, sans chapelle, qui pioche dans le blues, le punk, la no-wave, le garage, les musiques bruitistes. Une formule qui colle à la peau du groupe. Avec « The Storm Is Coming », sorti l’hiver dernier chez Mars Invasion Records, No Jazz Quartet signe un deuxième album plus lumineux mais tout aussi entier. Le titre évoque à la fois une tempête politique, climatique et géopolitique.

Les textes oscillent entre angoisses existentielles, effondrements contemporains et anecdotes autobiographiques pleines d’autodérision. Mais jamais de nihilisme, le groupe garde la barre, même quand la mer se déchaîne. Musicalement, le disque est plus mélodique que son prédécesseur, sans renoncer à la rugosité. Ça riffe, ça pulse, ça mord. La section rythmique est puissante, sauvage et inventive, les guitares alternent entre éclats noise, arpèges tendus et mélodies obliques.

Le Local 54 Studio et Jearc, cardinal de l’ombre du rock marseillais, impriment une production organique, sans vernis inutile. L’album s’ouvre sur le tittle track, morceau-manifeste où Sonic Polo glisse un « Time Is On My Side » en hommage aux ancêtres du rock. Le clip, signé Benoît Sabatier et Marcia Romano, est un uppercut visuel, une tempête provoquée par la folie d’hommes qui mettent la planète à genoux.

« Children At Play » et « The Flood » jouent l’urgence, presque post-punk, « Out Of Tune » et « The Ramshackle Mouse » injectent une ironie mordante, « Gujarat » et « Soledad Of The King Bee » ouvrent des paysages plus cinématographiques, où l’on entend l’âme bruitiste de Mc Clellan, et enfin « Mud » et « White Light On Tomorrow » referment le disque sur une lueur fragile, comme un lendemain possible.

Album de vétérans qui refusent de s’assagir, « The Storm Is Coming » est un disque tendu, lumineux, inquiet, mais jamais résigné. Un rock qui ne cherche pas la mode, mais la vérité. Un album qui, de son propre aveu,  gratte, illumine, crie, console, et confirme que No Jazz Quartet est devenu l’un des groupes les plus intègres et nécessaires de la scène rock indépendante française.

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