Swinging electric roots
(Black & Tan Records – 2026)
Durée 58’58 – 14 Titres
On remarque parfois des projets qui ne se contentent pas d’explorer les marges pour au contraire redessiner la carte. Bluestronica appartient à cette catégorie rare. Né au sein de Black & Tan Records, label néerlandais pionnier dans les hybridations modernes du blues, Bluestronica n’est pas un groupe mais plutôt un laboratoire sonore, un espace de création où se croisent musiciens roots, producteurs aventureux et remixeurs férus de textures électroniques. L’idée fondatrice est simple, faire dialoguer la tradition afro-américaine avec les pulsations du XXIᵉ siècle, sans jamais trahir l’âme du blues.
Derrière cette esthétique, on retrouve des artisans déjà bien connus des amateurs de blues moderne, Boo Boo Davis, figure emblématique du label, dont la voix brute et l’harmonica tellurique servent de colonne vertébrale à plusieurs titres, mais aussi Blu ACiD, projet de Mischa den Haring et JK Mittendorp, spécialistes des grooves hypnotiques, ElectroBluesSociety, duo qui a fait de la rencontre entre instruments roots et machines un véritable langage, et enfin Mississippi Big Beat, Roscoe Chenier, Harrison Kennedy, Bacon Fat Louis et miXendorp, maître du remix blues électronique.
Avec « Swinging Electric Roots « , Bluestronica signe un album qui ressemble à une carte postale sonore envoyée depuis un futur où Muddy Waters aurait troqué son ampli pour un sampler. Le disque revendique clairement son identité et annonce clairement une fusion groove de blues, d’electro swing, de musique roots et de production électronique moderne, une promesse tenue de bout en bout.
Dès « Bring Back My Baby », Boo Boo Davis impose sa voix rocailleuse, portée par un beat profond et une guitare qui claque comme un fouet. Le morceau ouvre la voie à un univers où la sueur du juke joint se mêle aux pulsations électroniques.
« Keep It Burning », signé Blu ACiD avec John Blake, installe un groove moite, presque cinématographique, tandis que « Mississippi Big Beat » revisite le traditionnel « Try Me One More Time » avec une énergie tribale qui rappelle les field recordings réinventés pour les dancefloors modernes.
L’un des sommets du disque reste « Choogie Billum », où ElectroBluesSociety et Boo Boo Davis fusionnent riffs minimalistes, percussions électroniques et incantations blues. Même logique sur « Groove Me Now », véritable mantra rythmique qui illustre parfaitement la philosophie Bluestronica, le beat comme prolongement naturel du stomp traditionnel.
Les collaborations avec miXendorp apportent une couleur plus urbaine, « Gotta Bleed » et « My Demands », avec Bacon Fat Louis, jouent sur la tension entre voix rugueuse et production millimétrée. « Bad Luck », avec Roscoe Chenier, transforme un blues roots en un groove sombre et magnétique et « Bob Lo Island », avec Harrison Kennedy, offre un moment plus introspectif, presque spectral.
L’album ose même revisiter « Hoochie Coochie Man », avec Michel Peters, dans une version électrifiée qui conserve la puissance du classique tout en lui injectant une énergie neuve. Une relecture respectueuse mais audacieuse, comme un clin d’œil à Willie Dixon projeté dans l’ère numérique.
Le disque se referme sur « DM », création solo de miXendorp, et « Want Some », nouvelle incursion de Mississippi Big Beat, deux titres qui résument parfaitement l’esprit du projet : le blues comme matière première, la modernité comme terrain de jeu.
Avec « Swinging Electric Roots », Bluestronica signe un album cohérent, vibrant et résolument contemporain, une galette qui séduira autant les puristes curieux que les amateurs de grooves électroniques. Ce n’est pas une compilation, c’est une vision nouvelle, celle d’un blues qui avance, qui respire, qui se réinvente sans renier ses racines.