Hello magpie
(We Are Unique! Records – 2026)
Durée 38’53 – 9 Titres
https://www.facebook.com/InflatableDeadHorse
Certaines trajectoires musicales ressemblent à des romans initiatiques. Celle de Daniel Mark Williams, âme fondatrice d’Inflatable Dead Horse, commence dans le village gallois d’Ynysybwl, au cœur des Valleys, territoire marqué par la fermeture des mines et les cicatrices sociales qui en ont suivi. C’est là, adolescent, qu’il remonte la piste des Pixies, Butthole Surfers et autres Mudhoney, armé d’une guitare dénichée en avance dans une armoire familiale et d’un magnétophone à cassettes pour seul studio. Une première ballade, « Green Light », naît déjà dans cet univers intime, entre la grâce de Leonard Cohen et l’ombre de Buffalo Springfield.
Après le lycée, direction Cardiff, un emploi chez un disquaire, un premier groupe garage punk, The Stillborns, puis la crise du disque qui balaie tout. Williams part alors sur les routes et atterrit presque par hasard à Cajarc, dans le Lot, où il jardine pour un vétéran américain. Là, ses démos attirent l’attention de Solveig Anspach, qui lui confie la musique d’un court-métrage. Le Gallois s’installe durablement dans le Sud-Ouest, entre Causse et Toulouse, et polit patiemment ses chansons, influencé par Bill Callahan, Leonard Cohen, Bob Dylan, mais aussi par l’énergie brute de « Fun House » des Stooges, disque qu’il écoute en boucle à son arrivée en France.
A l’origine, Inflatable Dead Horse n’est qu’un projet solo, presque un jeu, Williams imagine des groupes fictifs et choisit le nom le moins ridicule pour un premier concert. Le ton est donné, ne pas se prendre trop au sérieux, éviter les poses rock préfabriquées, laisser la musique parler. Le projet attire des musiciens lotois, Loïc Trumeau, Loïc Malavelle, Bruno Almosnino, Philippe Caray, et devient un véritable groupe, oscillant entre folk de gouttière, rock hypnotique et ballades électriques nourries de Can, The Fall, Velvet Underground ou Alan Vega.
Le premier album, « Love Songs », est enregistré à la maison et séduit par sa voix sombre et fantomatique, suspendue comme une brume électrique au-dessus d’un village sans âge. Le label We Are Unique! Records tombe sous le charme et accueille le groupe dans son collectif.
Prévu pour la mi-juin, « Hello Magpie » marque le retour d’Inflatable Dead Horse avec un disque plus ample, plus affirmé, presque digne d’un road movie dans ses textures. Le premier single, « A Pin Drops », dévoilé au printemps, annonce une montée en puissance sur plus de cinq minutes, tendue, immersive, comme un fil électrique qui crépite dans l’air du Quercy.
L’univers sonore du groupe reste reconnaissable, rythmes lancinants, guitares qui rampent ou s’envolent, voix grave qui semble surgir d’une pièce voisine. Mais « Hello Magpie » pousse plus loin l’équilibre entre folk spectral et rock de cave. On y retrouve cette manière unique de faire cohabiter l’intimisme d’un songwriter solitaire et la tension d’un groupe qui joue serré, presque les yeux fermés, comme en transe.
Les influences déjà évoquées ne sont jamais pastichées, elles servent de terreau à une identité sonore très personnelle, façonnée par les paysages du Lot autant que par les fantômes du rock indépendant. Williams a toujours composé comme on écrit un journal intime, mais ici, la production plus ample donne à ses chansons une dimension presque rituelle. Les arrangements, subtils mais précis, laissent respirer les silences, les respirations, les ombres. On pense parfois à un Bill Callahan plus électrique, à un Mark Lanegan qui aurait troqué la noirceur urbaine pour la poussière des chemins du Causse.
Avec « Hello Magpie », Inflatable Dead Horse confirme qu’il est l’un des projets les plus singuliers de la scène indépendante franco-galloise. Né d’un exil, nourri de rencontres, façonné par une esthétique à la fois humble et ambitieuse, le groupe signe un album habité, vibrant, qui s’écoute comme on traverse un paysage au crépuscule.
Un disque qui ne cherche pas la lumière, mais qui finit par l’atteindre, doucement, intensément, durablement.