BOB CORRITORE & FRIENDS

Ernestine blues

(VizzTone Label Group – 2026)  

Durée 54’38 – 16 Titres 

https://bobcorritore.com

A l’heure où il approche sereinement de ses 70 ans, Bob Corritore s’impose plus que jamais comme l’un des grands artisans du blues contemporain. Harmoniciste d’une élégance rare, producteur méticuleux, archiviste passionné, il incarne cette génération de musiciens qui ont fait le lien entre les maîtres du Chicago Blues et les artistes d’aujourd’hui. Né à Chicago, il grandit au cœur du South Side, là où les clubs vibraient encore des échos de Muddy Waters, Little Walter ou Howlin’ Wolf. Très jeune, il tombe amoureux de l’harmonica et se forge un style à la fois respectueux de la tradition et profondément personnel.

Installé depuis des décennies à Phoenix, il y fonde le Rhythm Room, devenu un haut lieu du blues américain. C’est là qu’il accueille, enregistre, accompagne et met en lumière une multitude d’artistes, créant au fil du temps une véritable famille musicale. Son projet Bob Corritore & Friends, entamé il y a plus de vingt ans, est devenu une série incontournable, chaque volume rassemble des collaborations inédites, des rencontres intergénérationnelles et des performances captées avec une chaleur et une authenticité qui font sa signature.

Corritore n’est pas seulement un harmoniciste virtuose, il est également un passeur, un homme qui sait révéler chez les chanteurs et musiciens qu’il invite des nuances, des émotions et des couleurs souvent inédites. Sa discographie est un voyage à travers les multiples facettes du blues, Chicago, Mississippi, soul-blues, early R&B, rock’n’roll, toujours guidé par un profond respect de l’histoire et une joie contagieuse de jouer.

Avec « Ernestine Blues », treizième volume de la série Bob Corritore & Friends, l’artiste signe l’un de ses albums les plus aboutis, les plus narratifs, et sans doute les plus émouvants. Enregistré entre 2023 et 2025, le disque réunit une distribution exceptionnelle avec le regretté Pat Thomas mais aussi Sugaray Rayford, Johnny Rawls, Tia Carroll, Willie Buck, Bob Stroger, Oscar Wilson, Teeny Tucker, Carla Denise, Jimi “Primetime” Smith, Tony Coleman, Charles Wilson, et bien d’autres. Une véritable constellation du blues actuel, réunie autour de l’harmonica chaleureux et expressif de Bob Corritore.

Chaque morceau raconte une scène, un souvenir, une émotion. Corritore l’assume, c’est son album le plus “storytelling”. Et cela s’entend. Le disque s’écoute comme un livre ouvert, où chaque chapitre explore une nuance différente du blues.

L’ouverture avec « How’d You Learn To Shake It Like That », donne le ton, un shuffle irrésistible mené par Tony Coleman, ancien batteur de B.B. King, qui chante avec une énergie brute et joyeuse. On passe ensuite à la délicatesse de Carla Denise sur « Tell Me Darling », superbe relecture d’un R&B de Betty Everett, avant de plonger dans l’intimité bouleversante de Pat Thomas sur « Big Fat Mama », enregistré quelques mois avant sa disparition.

Sugaray Rayford livre l’une des performances les plus marquantes du disque avec « Blind Man Cry », un blues sombre et métaphorique où l’harmonica de Bob Corritore, en troisième position, devient presque une voix intérieure.

La pièce maîtresse, « Ernestine », voit Tia Carroll briller dans un registre R&B pop des années 60, écrit à l’origine par Sam Cooke. Le morceau est mis en valeur par une pochette signée Vince Ray, fidèle collaborateur de Corritore, dont l’esthétique rétro et explosive accompagne parfaitement l’esprit du projet.

L’album navigue avec aisance entre les époques et les territoires du blues. Le Chicago blues avec Willie Buck qui reprend « Trouble No More » avec une autorité magistrale, soutenu par l’excellent Bob Margolin, ancien guitariste de Muddy Waters. Le soul-blues avec Johnny Rawls qui transforme « I Love The South » en hymne chaleureux, porté par des chœurs gospel et un groove irrésistible. Le Mississippi blues avec Oscar Wilson qui dévoile deux facettes opposées, entre la soul intimiste de « She Might Need Me » et le blues poisseux de « Down In Mississippi ».  

On y trouve encore du rock’n’roll avec Bob Stroger, toujours fringant nonagénaire, qui dynamite « Pretty Girls Everywhere » avec une énergie juvénile, et même du early R&B avec Carla Denise qui revient en force sur « Wild As You Can Be », un titre qui swingue comme un 45 tours de Ray Charles. Puis le disque se clôt avec Teeny Tucker et « Shoes », clin d’œil savoureux à son père Tommy Tucker, auteur du classique « Hi Heel Sneakers ». Une fin pleine de malice et d’élégance.

« Ernestine Blues » est bien plus qu’une compilation, c’est un panorama vivant du blues contemporain, un hommage vibrant à ses racines et à ses multiples métamorphoses. Bob Corritore y joue le rôle qu’il maîtrise le mieux, celui du catalyseur, du musicien qui sait créer l’espace idéal pour que chacun donne le meilleur de lui-même.

C’est un disque généreux, profondément humain, qui rappelle que le blues n’est pas un musée mais une conversation permanente entre les générations, les styles et les émotions. Un album qui, sans forcer, s’impose naturellement comme l’un des sommets de la série Bob Corritore & Friends.

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