Too beaucoup

(Autoproduction – 2025)  

Durée 36’14 – 10 Titres 

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Il y a des groupes qui surgissent sans prévenir et qui, dès les premières mesures, donnent l’impression d’avoir toujours été là. Sick Things, quartet québécois formé autour du chanteur-guitariste Cam Turin, appartient à cette catégorie rare. Avec lui, son frère Keith Turin à la guitare, Patrick Bennett à la basse et Matt González à la batterie, le groupe s’est imposé comme l’un des secrets les mieux gardés de la scène rock canadienne. Une formation soudée, forgée par des années de concerts, de riffs échangés dans des garages trop petits et de discussions passionnées sur les disques qui les ont façonnés.

Le nom du groupe, clin d’œil assumé au titre d’Alice Cooper sorti en 1973, pourrait laisser croire à une filiation directe avec le shock rock. Mais Sick Things trace en réalité une route bien plus personnelle. Leur ADN puise dans l’énergie brute du hard rock classique, dans la flamboyance mélodique de Thin Lizzy, dans l’urgence d’un rock qui refuse la tiédeur. Le résultat, un son à la fois vintage et résolument actuel, porté par une écriture solide et une cohésion instrumentale qui ne laisse rien au hasard.

Après plusieurs années à affiner son identité, le groupe a franchi un cap décisif avec la sortie, en mai dernier, de l’album « Too Beaucoup ». Un disque qui, malgré une promotion discrète et un unique single, « Waste My Time », s’est rapidement imposé comme l’une des sorties hard rock les plus enthousiasmantes de 2025. Et pour cause, « Too Beaucoup » est de ces albums qui ne se contentent pas d’être bons, mais qui respirent la passion, la maîtrise et l’envie d’en découdre.

On connait tous des albums qui se distinguent par un titre phare, un tube évident, une pièce maîtresse autour de laquelle tout gravite. « Too Beaucoup » n’est pas de ceux-là. Ici, tout est un single potentiel, tout est pensé pour frapper juste, pour rester en tête, pour rappeler que le hard rock peut encore être une affaire de chansons, pas seulement de nostalgie.

Dès les premières secondes, le disque impose son esthétique avec des riffs tranchants, des rythmiques carrées, des mélodies vocales qui accrochent sans jamais tomber dans la facilité. La production, claire mais musclée, laisse respirer chaque instrument tout en conservant une densité qui rappelle les grandes heures du rock des années 70 et 80. On pense à Thin Lizzy pour les harmonies de guitares, à un certain esprit Cooper pour l’attitude, mais surtout à un groupe qui sait exactement où il va.

Le plus impressionnant, c’est l’absence totale de remplissage. Pas un morceau faible, pas une baisse de régime, juste une succession de titres qui auraient chacun pu servir de carte de visite. « Waste My Time », seul single officiel, n’est finalement qu’un aperçu de ce que le groupe a dans le ventre. On y retrouve ce mélange de tension, de groove et de mélodie qui caractérise l’album entier.

La section rythmique Bennett/González joue un rôle clé, précise, nerveuse, toujours au service du morceau. Les frères Turin, eux, tissent un dialogue de guitares qui donne au disque sa couleur si particulière, entre rugosité et élégance. Et la voix de Cam, moderne sans renier ses influences, apporte ce supplément d’âme qui transforme un bon album en un disque marquant.

« Too Beaucoup » est un album qui s’écoute d’une traite, sans pause, comme un road trip sonore où chaque virage réserve une nouvelle accélération. Un disque qui rappelle que le hard rock n’a jamais eu besoin d’artifices pour être pertinent, juste de bonnes chansons, de l’intention et une exécution irréprochable.

Si la sortie de « Too Beaucoup » est arrivée un peu tard dans les radars de certains médias, elle n’en demeure pas moins l’une des révélations rock de l’année. Et la bonne nouvelle, c’est que Sick Things ne compte pas s’arrêter là puisque le groupe retournera en studio cet été, avec de nouveaux titres prévus pour la fin de l’année.

A l’heure où beaucoup cherchent à réinventer le rock en le dénaturant, Sick Things choisit une autre voie, celle de l’authenticité, de la passion et de la puissance mélodique. « Too Beaucoup » en est la preuve éclatante. Un album à écouter fort, à écouter souvent, et surtout à partager.

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