Don’t be so mean!

(Donor Productions – 2026)  

Durée 42’14 – 11 Titres 

https://www.boogiebeasts.com

Les Boogie Beasts appartiennent à cette catégorie de groupes pour lesquels le blues est une pulsation vitale. Depuis 2011, le quatuor belgo-belge, construit autour de Jan Jaspers et Patrick Louis au chant et aux guitares, Fabian Bennardo aux harmonicas et Gert Servaes à la batterie et au piano, s’est imposé comme l’un des groupes les plus singuliers et les plus explosifs de la scène blues-rock européenne. Leur signature est facilement reconnaissable, un son brut, hypnotique, viscéral, où l’harmonica crache le feu, les guitares grincent comme des moteurs surchauffés et la batterie martèle un groove qui semble remonter des entrailles du Mississippi.

Nés sur les scènes de clubs et de festivals où ils ont rapidement bâti leur réputation, les Boogie Beasts ont sillonné l’Europe en distillant un blues alternatif qui ne ressemble qu’à eux. Leur musique évoque autant les grooves répétitifs du Hill Country Blues que l’énergie garage contemporaine, avec une attitude résolument rock’n’roll. Album après album, ils ont affiné cette identité sonore, jusqu’à devenir des incontournables du genre, régulièrement salués par la presse spécialisée et plébiscités par un public fidèle.

En 2026, le groupe franchit un cap symbolique avec quinze ans d’existence, et un retour aux sources qui sonne comme une évidence. Car si Boogie Beasts a toujours revendiqué l’influence du North Mississippi Hill Country Blues, un nom revient comme un fil rouge dans leur histoire, celui de R.L. Burnside. Le centenaire de la naissance du bluesman américain offre au groupe l’occasion rêvée de lui rendre hommage avec un projet d’envergure, un nouvel album studio et un live show entièrement dédiés à son héritage.

Avec « Don’t Be So Mean! », nos amis Belges ne se contentent pas de revisiter l’œuvre de R.L. Burnside, ils la réinventent, la réinjectent dans leur propre ADN et la projettent dans un présent vibrant. L’album est pensé comme une rencontre transatlantique, un pont entre les racines du Hill Country Blues et la scène européenne actuelle. Et le casting parle de lui-même, avec Duwayne Burnside, Kenny Brown, Luther Dickinson… autant de figures qui ont partagé la scène ou la vie musicale de R.L. Burnside, et qui apportent ici une authenticité rare.

Dès les premières mesures, le disque impose son atmosphère avec un blues hypnotique, répétitif, rugueux, où chaque riff semble taillé dans la poussière des routes du Mississippi. Les Boogie Beasts ne cherchent pas à lisser les angles, au contraire, ils accentuent la rugosité, la tension, cette manière si particulière de faire monter la transe par la répétition et le groove. L’harmonica de Fabian Bennardo, toujours aussi incisif, agit comme une ligne de fuite permanente, tandis que les guitares de Jan Jaspers et Patrick Louis alternent entre slide brûlante et riffs minimalistes mais redoutablement efficaces.

Parmi les moments forts, impossible de passer à côté de « Shake ’Em On Down », revisité avec G. Love. Le morceau, classique absolu du répertoire de Burnside, trouve ici une nouvelle couleur, mêlant blues brut et groove urbain, avec une aisance déconcertante. Le flow nonchalant de G. Love se fond dans l’univers du groupe sans jamais le dénaturer, donnant naissance à une version à la fois respectueuse et audacieuse.

Les contributions de Pablo van de Poel et Cedric Maes ajoutent chacune une nuance supplémentaire, psychédélisme incandescent pour l’un, énergie garage pour l’autre. L’ensemble forme un album dense, cohérent, où chaque invité enrichit le propos sans jamais voler la vedette au groupe.

Mais au-delà des collaborations prestigieuses, « Don’t Be So Mean! » est avant tout un disque profondément sincère. On y sent la passion, le respect, mais aussi la volonté de ne pas figer le blues dans une vitrine muséale. Les Boogie Beasts célèbrent Burnside en restant eux-mêmes, électriques, sauvages, libres. Le résultat est un album qui pulse, qui respire, qui vit, un hommage vibrant, mais aussi un manifeste artistique.

Le groupe n’honore pas seulement la mémoire de R.L. Burnside, il la prolonge, la réinvente, et la propulse vers l’avenir. Une réussite éclatante !

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