Indigo prayers Op.8

(Mediapop Records – Kuroneko – 2026)  

Durée 44’15 – 10 Titres 

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The Wooden Wolf a une manière singulière de traverser la nuit, à pas feutrés, le cœur battant, la voix comme une braise fragile qui éclaire juste assez pour révéler l’essentiel. Derrière ce nom habité se tient Alex Keiling, auteur-compositeur originaire de Saint-Pierre-et-Miquelon, installé depuis longtemps en Alsace. Multi-instrumentiste, formé d’abord au saxophone avant de choisir la guitare comme compagnon de route, il façonne depuis plus de dix ans une œuvre folk profondément intime, nocturne, traversée de doutes, de blessures et de beauté. 

Le personnage s’est imposé au fil des opus comme un artisan du dépouillement avec des enregistrements analogiques, des prises minimalistes, du souffle dans le micro, une guitare nue, une voix écorchée. Une folk qui évoque autant Elliott Smith que Jason Molina, mais sans jamais s’y réduire. Sa signature tient dans cette vibration ténue, presque vacillante, qui semble toujours au bord de la rupture et qui, paradoxalement, donne à sa musique une force bouleversante.  

Son septième opus, « Songs of the Night Op.7 », paru en 2021, avait confirmé cette capacité à faire naître l’émotion dans le presque rien, dans l’entre-deux, dans ce territoire où l’on n’appartient plus tout à fait au jour mais pas encore à la nuit.  

Avec « Indigo Prayers Op.8 », The Wooden Wolf poursuit son exploration des zones crépusculaires, mais en y ajoutant une dimension plus charnelle, presque mystique. L’artiste décrit ces prières indigo comme le moment où  le chaud, le sang viennent se mêler aux reflets bleus de la nuit, lorsque le cœur se perd entre chien et loup, lorsque les larmes brûlantes d’amour et de beauté deviennent langage.  

Comme souvent chez lui, Alex Keiling compose, écrit, enregistre, mixe, peint et façonne l’univers visuel de l’album. Cette approche artisanale donne à « Indigo Prayers Op.8 » une cohérence rare, chaque morceau semble prolonger le précédent, comme une longue respiration nocturne.

L’album, prévu pour mai 2026, s’ouvre sur « Flutter », morceau fragile où la voix tremble comme une aile dans l’obscurité. Puis viennent « Dunes », « Amok », « Black Fire », autant de paysages intérieurs où la tension monte, où la guitare se fait tantôt caressante, tantôt nerveuse. Les arrangements restent minimalistes mais précis, touches de cordes, pulsations discrètes, textures analogiques qui rappellent l’intimité des enregistrements sur quatre pistes.   

Au cœur du disque, « Lick Up My Heart » et « Tanpura Nights » ouvrent une parenthèse plus hypnotique, presque rituelle. On y sent l’influence des nuits profondes, des prières murmurées, des corps qui cherchent à se rejoindre dans l’obscurité.  

Puis vient « Song For Joa », l’un des sommets émotionnels de l’album, une ballade lente, déchirante, où la voix de Keiling semble se consumer de l’intérieur. Puis le disque se clôt sur « Out Of The Nights », comme un retour à la surface, un dernier souffle avant que l’aube ne dissipe les ombres.

Ce huitième opus confirme ce que les amateurs de folk tourmentée savent déjà, The Wooden Wolf est l’un des artisans les plus sensibles de la scène indépendante française. Sa musique, pourtant enracinée dans l’intime, touche à l’universel. Elle parle de l’amour, de la perte, de la nuit, de ce moment où l’on se tient au bord de soi-même, prêt à tomber ou à renaître.

« Indigo Prayers Op.8 » n’est pas un album que l’on écoute distraitement. C’est un disque qui se reçoit, qui se traverse, qui se vit. Une œuvre qui réchauffe l’âme et le ventre, comme l’artiste le dit lui-même, et qui confirme que, dans l’obscurité, certaines voix brillent plus fort que d’autres.

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