Run away
(Autoproduction – 2026)
Durée 43’30 – 12 Titres
Né à Paris autour de l’amitié fondatrice entre Shake et Pierre, soudés depuis 2012, Ellside s’est construit lentement, presque organiquement, jusqu’à devenir un véritable collectif rock alternatif. L’arrivée de Matt à la basse, puis de Nico à la batterie et enfin de Greg à la guitare rythmique et aux chœurs, a donné au groupe sa forme actuelle, un quintet cohérent, dense, capable de mêler énergie brute et narration émotionnelle. Ellside n’est pas seulement un groupe de scène, c’est une entité qui pense en termes d’univers, de trajectoires, de personnages. Leur premier album, « Run Away », en est la preuve éclatante.
Avec « Run Away », Ellside s’écarte volontairement du rythme effréné des singles jetables. Le groupe choisit la forme longue, le récit, la progression. L’album est conçu comme une odyssée en douze titres, découpée en six chapitres, chacun révélant une étape de la descente intérieure de Light, personnage central en pleine implosion émotionnelle. Inspiré par des univers littéraires sombres et introspectifs, le groupe construit une narration où chaque morceau devient un fragment de conscience, un éclat de vérité, une tentative de survie.
Musicalement, Ellside navigue entre punk californien et heavy metal, un mélange qui leur permet de jouer sur les contrastes, urgence, tension, mélodie, puissance. Le travail de production confié à Fred Duquesne apporte une dimension supplémentaire avec un son massif, clair, qui laisse respirer les guitares tout en donnant du poids aux émotions.
Dès les premières mesures, « Run Away » impose son climat avec une course, une fuite, un souffle court. Light avance sans savoir s’il cherche à s’échapper ou à se retrouver. Le groupe installe une bande-son cinématographique, où les riffs deviennent des pulsations cardiaques et où la voix de Pierre incarne la fragilité comme la colère.
Les quatre grandes étapes traversées par Light, l’inappétence, la colère, la témérité et l’optimisme, structurent l’album comme une progression psychologique. Les morceaux rapides, nerveux, traduisent l’instabilité, la perte de repères, l’incapacité à se poser. Les titres plus mélodiques, eux, ouvrent des brèches, des instants de lucidité, des appels à l’aide, des tentatives de reconstruction.
Une pièce se détache par sa douceur désespérée, la ballade « Take A Look After Me », qui suspend le temps et révèle la vulnérabilité du personnage. Le reste de l’album repart ensuite dans une tension continue, comme si Light n’avait jamais vraiment le droit de respirer. Cette cohérence narrative, cette manière de faire du rock un langage émotionnel, donne à « Run Away » une force rare.
Ellside signe ici une œuvre qui dépasse le simple cadre musical. « Run Away » est un manifeste introspectif, un voyage dans les zones grises de l’esprit humain, porté par un groupe qui ose la sincérité totale. L’album frappe par son authenticité, sa construction, son souffle. On y sent la volonté de raconter quelque chose de vrai, de profond, de nécessaire.
Pour un premier opus, c’est une déclaration d’intention, Ellside veut créer des univers, pas seulement des chansons. Et avec « Run Away », ils posent les bases d’une identité artistique forte, exigeante, lumineuse dans sa noirceur.