Outside the lines
(Autoproduction – 2026)
Durée 42’52 – 11 Titres
Dans le paysage blues nord‑américain, Ethan Askey s’impose comme l’un de ces artisans dont la trajectoire ne se raconte pas en termes de mode ou de buzz, mais de constance, de respect des traditions et d’une écriture qui sait où elle puise. Baryton à la voix chaude, harmoniciste précis, songwriter à la plume réfléchie, Askey a d’abord marqué les radars avec « Walk When You Wanna Run », un premier album solo qui a tenu trois ans dans les charts roots & blues. Une longévité qui ne doit rien au hasard puisque l’artiste écrit vrai, joue juste, et ne force jamais le trait.
L’histoire d’Askey est indissociable de celle de The Elevators. Keith Larsen à la guitare, Ben Dunn à la batterie et Mike Honeyman à la basse ne sont pas de simples compagnons de route, ce sont des frères de scène, des musiciens avec qui Askey jouait déjà il y a plus de vingt ans, sur des scènes locales et des festivals régionaux. La vie les a séparés, puis réunis. Et cette réunion n’a rien d’un hasard, elle sonne comme un retour à l’essentiel.
Le véritable catalyseur survient en janvier 2023. Askey et Larsen prennent la route du Sud, direction Mississippi et Tennessee, pour un pèlerinage blues qui les mène jusqu’à l’International Blues Challenge à Memphis. Là, au contact de dizaines de groupes, de clubs historiques, de musiciens habités, les deux Canadiens reconnectent avec la matrice du genre. De ce voyage naît une dynamique nouvelle, une écriture à quatre mains, une vision commune, et bientôt un album.
Pour finaliser « Outside The Lines », le groupe traverse ensuite le pays jusqu’au Ganaraska Recording Co., le studio rural de Jimmy Bowskill. Steve Marriner, figure majeure du roots canadien, rejoint l’aventure pour le mixage et une partie des sessions. Dans cette ferme ontarienne, l’album prend sa forme définitive, avec des invités de haut vol comme Suzie Vinnick et Jared Sowan, qui apportent des voix puissantes à « Purpose ». Le morceau final, « Outside The Lines », est capté en trio, deux micros vintage, une esthétique brute qui rappelle les sessions acoustiques des années 50.
Avec ses onze compositions originales, « Outside The Lines » est un disque qui revendique ses racines tout en élargissant le spectre. Folk, funk, swing, blues électrique, blues acoustique, Askey et Larsen écrivent large, mais toujours avec une cohérence interne. Le fil conducteur, ce sont les textes où il est question de communauté, de transmission, de gratitude, d’observation du monde, de recherche de sens. Askey n’écrit pas pour impressionner, il écrit pour relier.
Deuxième titre de l’album, mais parfait portail d’entrée, « Big Bad Bossman » est un shuffle qui assume pleinement son héritage Jimmy Reed. Larsen y déploie une guitare nerveuse, Dunn et Honeyman assurent un groove locomotive, et Askey chante avec un mélange de fermeté et d’ironie. Le texte vise un archétype universel, le petit chef, le tyran du quotidien, celui qui confond autorité et ego. Askey écrit avec une précision chirurgicale.
Sorti en single en mars 2026, « Zamboni Girl » montre la capacité d’Askey à manier l’humour sans sacrifier la tradition. Il invoque plusieurs figures du blues dans une chanson qui parle d’une machine à lisser la glace. Un exercice de style qui fonctionne, preuve que le blues peut être joueur sans perdre son âme.
Morceau le plus sombre de la face A, « Freakshow » est décrit par Askey comme une méditation sur la pleine conscience dans un temps de doublethink. Atmosphère suspendue, tension contenue, écriture introspective pour un moment de profondeur qui rappelle que le blues n’est pas qu’un genre musical, mais un état d’esprit.
Hommage à un rassemblement roots & blues de la côte ouest canadienne, dédié au regretté Tim Williams, « My Heart Explodes » est le morceau le plus lumineux du disque, une célébration de la communauté musicale et de la transmission.
« Outside The Lines » marque une évolution nette depuis son prédécesseur. Là où le premier album était une aventure solo, celui‑ci est une œuvre collective, portée par la complicité retrouvée de musiciens qui jouent comme s’ils ne s’étaient jamais quittés. Ethan Askey & The Elevators livrent un album solide, varié, profondément ancré dans le blues, mais jamais prisonnier de ses codes. Un disque pour amateurs exigeants, pour passionnés de tradition, pour ceux qui savent que le blues n’est pas juste une couleur mais surtout une manière de regarder le monde.