GET YOUR KICKS ON ROUTE 66 … AND MORE
ARIZONA – NEVADA – CALIFORNIE (USA)
Du 19 au 26 septembre 2026
https://rhythmroom.com
https://www.laroute66.com
Des étendues désertiques de l’Arizona jusqu’aux vestiges mythiques de la Route 66, ce nouveau voyage américain a tout pour nourrir les rêves d’évasion … Avant de se conclure en beauté par un grand rendez-vous blues, il va m’offrir une succession de paysages grandioses, de villes emblématiques et de kilomètres chargés d’histoire.
Samedi 19 septembre – Cap sur l’Ouest américain
Le réveil sonne bien avant l’aube. Direction Roissy pour le début d’un nouveau périple américain dont le point d’orgue sera un grand concert de blues quelques jours plus tard. Mais avant cela, place à la route, aux grands espaces et aux mythes de l’Ouest. L’arrivée à l’aéroport se déroule sans histoire. Contrôle de sécurité, passage de la police aux frontières puis installation au lounge Air France des portes K du Terminal 2E. L’endroit est particulièrement fréquenté ce matin-là et je me retrouve à partager ma table avec une charmante métisse guyanaise en partance pour Cayenne. Les voyages ont parfois ce petit supplément d’âme qui naît d’une rencontre éphémère autour d’un café avant l’embarquement. Celui-ci s’effectue par bus et nous conduit au pied d’un Airbus A330-900 âgé d’un peu plus de deux ans et portant le doux nom de baptême de Rochefort. Quelques minutes plus tard, l’appareil s’élance vers le ciel parisien pour un vol direct de près de onze heures à destination de Phoenix.




Le voyage passe finalement assez rapidement grâce à des voisins particulièrement sympathiques et à une connexion Wi-Fi Starlink étonnamment performante. Une qualité de service que j’apprécie, même si je nourris quelques réserves quant au personnage qui se cache derrière la marque. Après avoir survolé une bonne partie du continent nord-américain, l’Arizona apparaît enfin sous les ailes de l’appareil. Le soleil est encore haut lorsque j’arrive à l’hôtel vers quinze heures. Pourtant, avec neuf heures de décalage horaire dans les jambes, la journée semble avoir duré une éternité. Une courte sieste, un peu de détente, et c’est finalement sans même aller dîner que je m’abandonne aux bras de Morphée.
Dimanche 20 septembre
Le réveil est plutôt clément malgré le décalage horaire. Peu après huit heures, je prends la route en direction de Sedona. La ville est mondialement connue pour ses formations rocheuses rouges qui figurent parmi les paysages les plus spectaculaires de l’Arizona. Et il faut bien reconnaître que le spectacle est au rendez-vous. A mesure que l’on approche, les mesas et les falaises ocre surgissent à l’horizon, composant des panoramas d’une beauté saisissante.




Pourtant, derrière cette nature grandiose, Sedona laisse une impression plus contrastée. Les résidences haut de gamme se multiplient sur les collines et grignotent peu à peu le paysage. Les boutiques chics, les galeries d’art branchées, les commerces orientés bien-être et développement personnel donnent parfois le sentiment que la ville a davantage été conçue pour une clientèle aisée en quête d’expériences exclusives que pour les simples voyageurs de passage.




Heureusement, la route qui y mène reste un véritable plaisir. Dès que l’on quitte les grands axes, l’Arizona retrouve son caractère authentique avec ses étendues désertiques, ses reliefs tourmentés et ses points de vue superbes qui invitent régulièrement à s’arrêter pour admirer le décor.




La journée se poursuit vers le nord en direction de Flagstaff en passant par la forêt de Coconino et le Oak Creek Canyon. Je ne m’y attarde pas réellement, mais suffisamment pour percevoir le charme particulier de cette ville installée à plus de deux mille mètres d’altitude au cœur d’immenses forêts de pins. L’atmosphère y est très différente de celle de Phoenix ou de Sedona. Plus fraîche, plus paisible aussi.




Un arrêt au Visitors Center permet de récupérer quelques informations et de reprendre contact avec l’histoire locale. Quelques vieux hôtels emblématiques rappellent le rôle majeur joué par la Route 66 durant l’âge d’or des voyages automobiles. La ville conserve encore de belles traces de cette époque héroïque où les familles américaines traversaient le pays sur la « Mother Road ». Sans prétendre rivaliser avec certaines localités plus directement associées à la légende de la Route 66, Flagstaff possède une authenticité et une élégance qui méritent assurément le détour.




La fin de l’après-midi est consacrée à la légendaire Interstate 40 et à une chasse aux vestiges de l’ancienne Route 66. Le tracé historique apparaît parfois fugitivement, au détour d’une sortie ou d’une petite route parallèle. Il ne subsiste souvent que quelques portions préservées, quelques bâtiments oubliés ou de rares indices rappelant l’immense aventure humaine qui s’est écrite ici.




En milieu d’après-midi, j’atteins Williams. S’il existe encore quelques villes capables de faire revivre l’esprit de la Route 66, celle-là en fait indiscutablement partie. Les enseignes lumineuses, les façades colorées, les boutiques de souvenirs et les véhicules anciens donnent immédiatement le ton. Tout semble ici célébrer avec fierté l’héritage de la plus célèbre route américaine. Je prends le temps de flâner dans les rues du centre-ville, appareil photo en main, à la recherche de ces détails qui font tout le charme des lieux. Chaque enseigne, chaque motel, chaque vieille pompe à essence paraît raconter un fragment de l’histoire américaine.




La journée s’achève autour de mon premier burger du séjour au Cruiser’s Café. Un repas simple mais parfaitement dans l’ambiance du moment, avant de rejoindre l’hôtel pour une nuit bien méritée. La Route 66 n’a peut-être plus l’importance au sens routier du terme qu’elle avait autrefois, mais à Williams, elle demeure bien vivante. Et ce n’est que le début de l’aventure.




Lundi 21 septembre
Ce matin, une longue étape m’attend. Las Vegas est au programme du jour, mais il serait impensable de rejoindre la cité du jeu sans profiter pleinement de l’un des plus beaux tronçons subsistant de la mythique Route 66. Ici, plus que sur n’importe quelle autre portion de la Mother Road, l’histoire est encore visible à chaque kilomètre. Je quitte donc Williams de bonne heure en direction d’Ash Fork. Jadis important centre de maintenance ferroviaire, la petite ville conserve encore quelques bâtiments historiques et plusieurs traces de son passé routier. C’est aussi l’un des points où les voyageurs de la Route 66 pouvaient autrefois faire étape avant de s’enfoncer vers les étendues désertiques de l’ouest de l’Arizona.




Quelques dizaines de kilomètres plus loin apparaît Seligman. Pour beaucoup, c’est ici que la Route 66 a entamé sa renaissance. Dans les années 1980, alors que l’autoroute Interstate 40 avait détourné la circulation et condamné de nombreuses petites villes, les habitants se sont mobilisés pour sauver leur patrimoine. Aujourd’hui, Seligman est devenue une véritable attraction à ciel ouvert où les enseignes délirantes, les voitures anciennes et les boutiques parfois un peu kitsch célèbrent avec passion l’esprit de la Route 66.




A partir de là débute l’un des plus beaux détours de tout le parcours. La vieille route abandonne l’Interstate 40 et traverse une succession de hameaux et de petites communautés qui semblent figés dans le temps. Voici d’abord Audley, puis Pica et Nelson, simples points sur la carte mais qui témoignent de l’époque héroïque où chaque station-service, chaque garage ou chaque motel représentait une étape essentielle pour les automobilistes traversant le pays. A Truxton, quelques vestiges rappellent les grandes heures du tourisme routier. Le village vit aujourd’hui au ralenti mais conserve cette atmosphère particulière des lieux qui ont connu une autre vie. Crozier et Valentine défilent ensuite au milieu d’immenses étendues désertiques. Le paysage devient progressivement plus sauvage et l’on comprend pourquoi tant de voyageurs considéraient autrefois cette traversée comme une véritable aventure.




Puis vient Hackberry, probablement l’une des haltes les plus emblématiques de l’Arizona. Son célèbre General Store constitue un véritable musée improvisé consacré à la Route 66. Vieilles pompes à essence, plaques émaillées, carcasses de véhicules et objets publicitaires composent un décor absolument irrésistible pour tout amateur de culture américaine. La route poursuit ensuite son chemin vers Antares, Walapai, Hualapai et Berry Springs. Les localités sont modestes, parfois réduites à quelques bâtiments isolés, mais elles illustrent parfaitement ce qu’était la Route 66 avant l’ère des autoroutes, une succession de petites communautés vivant du passage permanent des voyageurs.




En approchant de Kingman, les traces du passé deviennent plus nombreuses. La ville constitue l’une des grandes capitales historiques de la Route 66 en Arizona. Son centre-ville, plusieurs bâtiments préservés, son musée et ses nombreuses enseignes anciennes rappellent l’importance qu’elle a longtemps occupée sur l’axe Chicago-Los Angeles. C’est également ici que de nombreux passionnés viennent commencer ou terminer leur découverte de la Mother Road. Avec ses centaines de kilomètres de souvenirs préservés, cette journée offre probablement la plus belle immersion dans l’univers de la Route 66 depuis le début du voyage.




Après Kingman, il est temps de quitter temporairement la Route 66. La US 93 prend le relais et file plein nord à travers le désert du Mojave. La circulation est fluide et les paysages alternent entre montagnes arides, plaines rocailleuses et vallées désertiques. Peu à peu apparaissent les premières traces de l’agglomération de Las Vegas. En traversant Henderson, l’un des grands secteurs résidentiels de la région, on mesure déjà l’ampleur du développement urbain du sud du Nevada. Puis, soudainement, surgit l’inévitable skyline de Las Vegas. Après les villages quasi fantomatiques de la Route 66, le contraste est saisissant. L’excès remplace le dépouillement, les néons succèdent aux vieilles enseignes rouillées et le vacarme permanent remplace le silence du désert.




L’étape du soir est prévue au Circus Circus, l’un des hôtels-casinos historiques du Strip. L’établissement accuse certes le poids des années face aux complexes les plus récents, mais il conserve un charme un peu rétro et offre surtout des tarifs défiant toute concurrence. La raison de ces prix étonnamment bas est assez simple. A Las Vegas, la chambre n’est souvent qu’un produit d’appel. Les hôtels gagnent une part importante de leurs revenus grâce aux casinos, aux restaurants, aux bars, aux spectacles, aux boutiques et à toutes les dépenses annexes des visiteurs. Mieux vaut louer une chambre à prix réduit et attirer des milliers de clients susceptibles de jouer quelques heures aux machines à sous ou aux tables de jeu que laisser des centaines de chambres inoccupées.




A cela s’ajoute la concurrence féroce que se livrent les gigantesques complexes hôteliers de la ville. Avec plusieurs dizaines de milliers de chambres disponibles sur le Strip et ses environs, les établissements sont souvent contraints d’afficher des tarifs particulièrement agressifs, notamment en semaine. Le voyage change complètement de dimension. Après une journée passée à parcourir l’Amérique d’hier, me voici plongé dans l’une des villes les plus extravagantes du continent. Demain, le désert reprendra ses droits… mais ce soir, c’est Las Vegas qui allume ses lumières.
Mardi 22 septembre
Après une nuit passée à Las Vegas, il est temps de reprendre la route. Direction la Californie par l’Interstate 15, cet immense ruban d’asphalte qui relie les deux capitales mondiales du divertissement que sont Las Vegas et Los Angeles. Quelques kilomètres après avoir quitté les derniers lotissements de la vallée de Las Vegas, nous atteignons Primm. Cette petite localité sans véritable centre-ville marque la dernière occasion de tenter sa chance dans un casino avant de franchir la frontière californienne. Ici, les établissements jouent encore leur rôle historique de pièges à voyageurs, attirant les automobilistes du Nevada comme ceux qui arrivent déjà de Californie.




Le passage de la frontière est à peine perceptible, mais le paysage change rapidement. Nous pénétrons dans l’environnement fascinant du désert de Mojave, l’un des plus vastes et emblématiques déserts d’Amérique du Nord. La Réserve Nationale du Mojave protège plus de six mille kilomètres carrés de montagnes, de dunes, de plaines volcaniques et d’immenses étendues où règnent les célèbres arbres de Josué. Bien moins fréquentée que les grands parcs nationaux voisins, elle offre pourtant certains des paysages les plus sauvages et les plus authentiques du Sud-Ouest américain.




A proximité se trouve Mountain Pass, dont l’immense mine de terres rares constitue l’un des sites industriels stratégiques des Etats-Unis. Perdue au milieu des montagnes désertiques, cette exploitation fournit une part importante des matériaux indispensables à la fabrication de nombreux équipements électroniques modernes. La I-15 poursuit ensuite sa traversée du désert et laisse défiler une succession de noms qui alimentent l’imaginaire des voyageurs. On croise successivement Jean, Yermo, Baker, Zzyzx Road, la célèbre sortie au nom improbable qui intrigue tous les automobilistes, puis Newberry Springs, Daggett et quelques autres communautés isolées accrochées à cette route vitale traversant les étendues arides de Californie.




Peu à peu apparaît Barstow, véritable porte d’entrée de la Route 66 californienne. Retrouvant enfin notre vieille amie, nous prenons presque le temps de nous excuser de l’avoir abandonnée depuis Kingman. Certes, nous avons délibérément fait l’impasse sur le magnifique tronçon passant par Oatman et les Black Mountains, mais ce n’est que partie remise. La Mother Road mérite qu’on lui consacre un voyage entier tant elle regorge encore de trésors.




A Barstow, la Route 66 est partout. Le célèbre Casa del Desierto, ancienne Harvey House édifiée en 1911 pour les voyageurs du chemin de fer Santa Fe, abrite aujourd’hui le Route 66 Mother Road Museum. L’endroit constitue une étape incontournable pour comprendre l’histoire de cette route qui a façonné l’Ouest américain. Vieilles photographies, objets d’époque, véhicules anciens et récits de voyageurs racontent l’aventure de plusieurs générations qui ont emprunté cet axe mythique.




Les enseignes historiques, les motels préservés et les bâtiments hérités de l’âge d’or de l’automobile complètent agréablement la visite avant de reprendre la route vers le sud-ouest. Nous retrouvons alors le tracé historique de la 66 en direction de San Bernardino. La circulation se densifie progressivement à mesure que l’on s’approche du gigantesque bassin de Los Angeles, mais la Mother Road réserve encore quelques belles surprises.




A Oro Grande se trouve l’un des sites les plus insolites de toute la Route 66, Elmer’s Bottle Tree Ranch. Créé par l’artiste Elmer Long, cet étonnant jardin métallique est composé de centaines d’arbres fabriqués à partir de tubes d’acier sur lesquels sont fixées des milliers de bouteilles de verre colorées. Lorsque le soleil du désert vient frapper les bouteilles et que le vent les fait doucement tinter, l’endroit prend une dimension presque magique. A la fois œuvre d’art populaire, hommage aux objets abandonnés et curiosité typiquement américaine, le Bottle Tree Ranch est devenu l’un des lieux les plus photographiés de la Route 66 californienne.




Quelques kilomètres plus loin, Victorville mérite largement que l’on s’y attarde. La ville abrite le célèbre California Route 66 Museum, probablement l’un des musées les plus complets consacrés à la Mother Road. On y découvre des reconstitutions d’époques, des véhicules anciens, des objets publicitaires, des photographies et quantité de souvenirs racontant l’épopée de ceux qui partirent vers l’Ouest en quête d’une vie meilleure. Mais Victorville ne se résume pas à son musée. Les anciennes enseignes, les bâtiments historiques, les restaurants traditionnels et les nombreux témoignages du passé routier participent pleinement à l’atmosphère particulière de la ville. Ici plus qu’ailleurs, on ressent encore la transition entre le désert du Mojave et l’immense région métropolitaine de Los Angeles qui approche désormais à grands pas.




L’arrivée à San Bernardino marque une nouvelle étape importante dans notre immersion au cœur de l’histoire de la Route 66. La ville fut l’une des principales portes d’entrée de la Californie pour les migrants du Dust Bowl et les voyageurs venus de l’Est. Impossible d’y passer sans s’arrêter devant le légendaire Wigwam Motel. Avec ses chambres aménagées dans des tipis géants en béton, cet établissement ouvert en 1949 est devenu une véritable icône de la Route 66. On a l’impression d’entrer dans une carte postale de l’Amérique des années cinquante, entre automobiles anciennes soigneusement exposées et architecture kitsch devenue patrimoniale.




Autre arrêt incontournable, le site du tout premier McDonald’s. C’est ici que Richard et Maurice McDonald développèrent le concept qui allait révolutionner la restauration rapide dans le monde entier. Le bâtiment d’origine a aujourd’hui disparu, mais le Original McDonald’s Site and Museumpermet de découvrir l’histoire de l’enseigne à travers une impressionnante collection d’objets, d’enseignes et de souvenirs retraçant l’évolution du géant du hamburger.




Après les immensités désertiques de l’Arizona et du Mojave, cette journée nous plonge dans une autre facette de l’histoire américaine. Les derniers kilomètres de la Route 66 se rapprochent désormais du Pacifique et de son terminus mythique de Santa Monica. Mais avant cela, il reste encore bien des découvertes à faire sur cette route qui n’a jamais cessé de faire rêver les voyageurs du monde entier.
Mercredi 23 septembre
Au départ de San Bernardino, l’objectif du jour est clair, remonter les derniers kilomètres de la Route 66 urbaine avant de revenir vers le désert pour retrouver la partie californienne que nous avions volontairement laissée de côté quelques jours plus tôt. La matinée commence à Rancho Cucamonga, une ville dont le nom chante à lui seul toute la diversité culturelle du sud de la Californie. La Route 66 y traverse une succession de quartiers résidentiels, de commerces et de bâtiments historiques qui rappellent qu’avant l’ère des autoroutes, toute la circulation transcontinentale passait ici.




Quelques kilomètres plus loin, j’atteins finalement Pasadena et son célèbre Colorado Street Bridge, souvent appelé California Street Bridge par les visiteurs de passage. Cet élégant ouvrage inauguré en 1913 enjambe l’Arroyo Seco et figure parmi les monuments les plus emblématiques du secteur. Depuis le pont, la vue permet d’embrasser une bonne partie de la vallée tout en imaginant les millions d’automobilistes qui ont autrefois poursuivi leur route vers l’océan Pacifique.




A ce stade du voyage, l’idée initiale était de pousser jusqu’à la jetée de Santa Monica pour atteindre officiellement le terminus occidental de la Route 66. Mais la réalité de la circulation dans la région de Los Angeles finit par avoir raison de mes ambitions. Entre les embouteillages permanents, les échangeurs gigantesques et les temps de parcours qui n’ont plus aucun rapport avec les distances affichées sur la carte, la perspective de passer plusieurs heures à l’arrêt derrière un volant devient rapidement moins séduisante que celle de retrouver les grands espaces du désert. Je pousse quand même jusqu’au Chicken Boy de Los Angeles, souvent considéré comme la Statue de la Liberté locale, et je décide donc de faire demi-tour. La Route 66 m’attendra bien une autre fois pour les derniers kilomètres jusqu’au Pacifique, d’autant plus que j’ai déjà effectué ce tronçon au siècle dernier.




Avant de quitter la région, un arrêt s’impose à Cajon Pass et au site historique de Camp Cajon, où passent depuis plus d’un siècle les grands axes de communication reliant le désert de Mojave au bassin de Los Angeles. La vieille Route 66 franchissait ici les montagnes avant de dévaler vers la métropole. Les passionnés considèrent toujours cet endroit comme l’une des portes emblématiques de l’Ouest américain. Quelques heures plus tard, me revoilà du côté de Barstow, prêt à reprendre le fil de l’histoire exactement là où je l’avais interrompu. Cette fois, aucune déviation vers Las Vegas. Je suis fidèlement l’ancienne Route 66 à travers les immensités désertiques du Mojave.




Premier arrêt notable, Newberry Springs. Cette petite communauté perdue au milieu du désert possède un charme discret mais bien réel. Les voyageurs de la Route 66 connaissent notamment le secteur grâce au Bagdad Café, immortalisé par le film du même nom. Le décor semble presque figé dans le temps et continue d’attirer les amateurs de culture populaire venus du monde entier.




Plus à l’est apparaît Ludlow, ancien point de ravitaillement ferroviaire puis routier. Aujourd’hui, la localité ressemble à un vestige des grandes années du trafic transcontinental. Quelques bâtiments historiques et les traces des anciennes infrastructures rappellent le rôle qu’elle joua lorsque la Route 66 constituait l’artère principale reliant Chicago à Los Angeles. La route devient alors plus sauvage encore avant d’atteindre Amboy, véritable joyau de la Mother Road.




Impossible de manquer le légendaire Roy’s Motel & Café, dont l’enseigne lumineuse figure parmi les images les plus célèbres de toute la Route 66. Restauré au fil des années, le site est devenu un arrêt incontournable pour les photographes et les passionnés de patrimoine routier. Au milieu du désert, avec les montagnes en arrière-plan et la chaleur qui danse au-dessus de l’asphalte, Amboy représente sans doute mieux que n’importe quel autre endroit l’imaginaire associé à la Route 66.




La Route 66 est barrée un peu plus loin et les presque dix heures de route quasiment sans pause, à part pour les arrêts découvertes, commencent à se faire sentir … Le thermomètre affiche 104°F (40°C) et je décide de faire l’impasse sur Goffs, quitte éventuellement à y revenir demain matin … Les kilomètres défilent sur la Highway 40 au milieu d’un décor de plus en plus aride jusqu’à l’approche du fleuve Colorado. La journée s’achève à Needles, ville fondée à l’époque du chemin de fer et longtemps prospère grâce à la Route 66. Située sur les rives du Colorado, juste avant la frontière de l’Arizona, elle constitue l’un des derniers grands arrêts de la Route 66 en Californie. Son centre-ville conserve plusieurs bâtiments historiques, tandis que les anciennes enseignes, les motels d’époque et les vestiges du trafic routier rappellent l’importance qu’eut autrefois la ville pour les voyageurs traversant le désert.




Needles possède aussi une place particulière dans l’histoire américaine puisqu’elle fut le lieu de jeunesse de Charles M. Schulz, créateur des Peanuts et du célèbre Snoopy. Mais ce qui frappe surtout en arrivant ici, c’est le contraste saisissant entre la présence du fleuve Colorado et les paysages désertiques qui l’entourent. Lorsque le soleil disparaît derrière les montagnes du Mojave, la chaleur retombe enfin. Assis face aux derniers reflets du jour, je contemple le chemin parcouru. Après avoir retrouvé les portions oubliées de la Route 66 californienne, l’itinéraire touche désormais à sa fin. Pourtant, la Mother Road a encore quelques histoires à raconter avant de laisser la place au rendez-vous blues qui constitue le véritable objectif de ce voyage américain.
Jeudi 24 septembre
La journée commence par un petit retour en arrière. La veille, le temps avait fini par me manquer et je n’avais fait qu’effleurer certains secteurs de la Route 66. Impossible de quitter la région sans réparer cette frustration. Direction Goffs donc, avec la ferme intention de prendre le temps de découvrir ce que j’avais seulement aperçu au passage.




Perdue au milieu du désert des Mojaves, cette ancienne étape ferroviaire apparaît aujourd’hui comme un véritable conservatoire de l’histoire du sud-est californien. L’ancienne école de 1914, devenue centre historique, raconte la vie rude des pionniers, des cheminots et des mineurs qui ont tenté leur chance dans cette région particulièrement hostile. Malheureusement, elle est fermée et il est impossible de la visiter. Ici, le silence est presque total et l’on mesure mieux qu’ailleurs ce que pouvait représenter un voyage sur la Route 66 lorsque l’assistance routière n’existait pas encore et que la prochaine station-service pouvait se trouver à des dizaines de kilomètres.




Puisque j’ai décidé de rattraper les portions négligées la veille, je tente de poursuivre jusqu’à Essex, l’un des témoins les plus émouvants de la disparition progressive de la Mother Road. Jadis point de ravitaillement apprécié des automobilistes traversant le Mojave, le village est malheureusement inaccessible car la route est barrée. Ce n’est pas mon jour de chance. Après cette parenthèse, retour vers Needles où la Route 66 franchit le Colorado pour quitter la Californie. Les eaux du fleuve apportent toujours un contraste saisissant avec l’aridité environnante. Quelques kilomètres plus loin, me voilà officiellement de retour en Arizona.




Avant même l’arrivée des premiers pionniers, cette région était le territoire du peuple Mohave, dont le nom a d’ailleurs donné son appellation au désert que nous traversons depuis plusieurs jours. Les Mohaves vivaient principalement le long du Colorado, véritable source de vie dans cet environnement extrême. Leur connaissance du désert et des rares ressources disponibles leur permit de s’adapter pendant des siècles à cet univers que les Européens considéraient souvent comme inhabitable.




Aujourd’hui encore, plusieurs réserves et territoires tribaux rappellent la présence historique de ce peuple dont l’influence demeure profondément ancrée dans toute la région. Puis apparaît Oatman. Ancienne cité minière fondée lors de la ruée vers l’or du début du XXe siècle, Oatman est aujourd’hui l’un des sites les plus pittoresques de toute la Route 66. Ses trottoirs en bois, ses façades de western et son ambiance volontairement hors du temps attirent les visiteurs du monde entier.




Mais ce qui fait surtout la réputation du village, ce sont les fameux ânes qui circulent librement dans les rues. Descendants des animaux utilisés autrefois par les chercheurs d’or, ils sont devenus les véritables mascottes des lieux et accueillent les touristes avec davantage d’enthousiasme lorsqu’ils aperçoivent un sachet de nourriture que lorsqu’ils admirent les paysages.




Après Oatman, la Route 66 attaque rapidement les reliefs escarpés des Black Mountains. Beaucoup considèrent cette portion comme l’une des plus spectaculaires de tout le parcours entre Chicago et Santa Monica. Les virages se multiplient, la chaussée grimpe à flanc de montagne et les panoramas deviennent grandioses. On comprend immédiatement pourquoi les conducteurs de camions redoutaient autrefois cette traversée.




La route traverse plusieurs petites localités et secteurs historiques qui rappellent l’activité minière intense ayant animé la région durant plusieurs décennies. La Route 66 serpente encore à travers les montagnes avant de retrouver progressivement les plateaux plus ouverts menant vers Kingman. Lorsque j’atteins à nouveau Kingman, j’ai véritablement l’impression de refermer une boucle. Quelques jours auparavant, c’est ici que j’avais abandonné la Mother Road pour prendre la direction de Las Vegas. Cette fois, j’ai parcouru l’intégralité du détour manquant et j’ai le sentiment d’avoir remis en ordre les pages de ce carnet de voyage.




Mais la journée est loin d’être terminée. Plutôt que de m’attarder à Kingman, je reprends la route vers l’est en direction de Flagstaff, où m’attend ma dernière nuit avant le grand rendez-vous de Phoenix. Le trajet a quelque chose de particulier. Pour la première fois depuis le début du voyage, je ne cherche plus à découvrir de nouveaux lieux mais à retrouver ceux qui m’ont marqué lors de l’aller. Je m’arrête ici devant une vieille station-service. Là pour photographier une enseigne sous un angle différent. Plus loin pour profiter d’une lumière de fin d’après-midi qui transforme complètement les paysages.




Les plateaux de l’Arizona prennent des teintes dorées, les ombres s’allongent et les reliefs s’adoucissent progressivement dans la lumière du soir. Le spectacle est différent de celui observé quelques jours plus tôt, parfois même plus beau. Lorsque j’arrive finalement à Flagstaff, la fatigue commence à se faire sentir, mais elle est largement compensée par la satisfaction d’avoir mené à bien cette grande boucle entre Arizona, Nevada et Californie. Demain, il sera temps de redescendre vers Phoenix. Et surtout, il sera temps de retrouver la véritable raison de ce voyage, ce grand concert de blues qui m’attend depuis le premier kilomètre parcouru sur la Route 66.
Vendredi 25 septembre
Alors que tout était théoriquement terminé en ce qui concerne la Route 66, une idée germe au moment du petit-déjeuner. Après tout, il reste encore quelques heures devant moi avant de redescendre sur Phoenix. Pourquoi ne pas s’offrir un ultime détour, un dernier morceau de Mother Road avant de tourner définitivement la page ? Me voilà donc reparti vers l’est, en direction de Winslow, alternant entre l’Interstate 40 et les portions historiques de la Route 66 qui lui servent souvent de route de service.




Parmi les arrêts incontournables figure le vieux pont de Winona, petite localité immortalisée malgré elle par la chanson de Bobby Troup. Il ne reste que peu de traces de l’époque glorieuse de la route, mais le simple fait de traverser ces lieux suffit à réveiller l’imaginaire des passionnés. Un peu plus loin, Twin Arrows offre un autre symbole emblématique de la Route 66. L’unique rescapée des deux gigantesques flèches plantées dans le sol constitue encore l’un des sujets photographiques les plus célèbres du parcours. L’ancien relais routier et son complexe touristique ont disparu depuis longtemps, mais le souvenir des deux flèches continue de défier le temps au milieu du désert.




Plus loin apparaît Two Guns, probablement l’un des sites les plus fascinants et les plus mystérieux de toute la Route 66 arizonienne. Ville fantôme abandonnée depuis des décennies, l’endroit conserve les ruines d’une ancienne station-service, d’un zoo, d’un motel et de plusieurs bâtiments rongés par le soleil du désert. A quelques mètres se trouve le spectaculaire canyon de Diablo, que franchit un impressionnant pont routier. Le silence des lieux, uniquement troublé par le passage occasionnel d’un train de marchandises ou d’un camion sur l’autoroute, donne à Two Guns une atmosphère presque irréelle.



Je fais volontairement l’impasse sur Meteor Crater. Ce n’est pas l’envie qui manque d’y retourner, mais le temps devient désormais la ressource la plus précieuse de ce voyage. Il faut savoir choisir ses batailles et garder quelques bonnes raisons de revenir un jour. Je me contente d’une pause photo à Meteor City et je regarde pour retrouver une vieille photo du cratère dans mon carnet de souvenirs.




En arrivant à Winslow, difficile de ne pas avoir immédiatement en tête les paroles de Take It Easy des Eagles. La ville a parfaitement compris l’opportunité et entretenu son lien avec cette chanson devenue légendaire. Le célèbre Standin’ on the Corner Park attire évidemment tous les visiteurs. La statue du musicien appuyé contre un mur, la fresque qui prolonge visuellement la scène et la fameuse Ford rouge composent l’un des lieux les plus photographiés d’Arizona.




Mais Winslow mérite mieux qu’une simple halte musicale. La ville conserve un magnifique patrimoine ferroviaire et abrite surtout le superbe La Posada Hotel, dernière grande gare-hôtel construite par la compagnie Santa Fe Railway. Restauré avec passion, l’établissement figure parmi les plus beaux hôtels historiques de l’Ouest américain. Ses jardins, son architecture et son atmosphère semblent provenir d’une autre époque. Le centre-ville, avec ses commerces, ses galeries et ses nombreuses références à la Route 66, invite également à prendre son temps. Une qualité devenue rare dans l’Ouest américain moderne.




Cette fois, la décision est prise, la Route 66 appartient désormais au rétroviseur. Plutôt que de rejoindre Phoenix par l’Interstate 17 comme la plupart des voyageurs, je choisis la Route 87, une route que je ne connais pas encore et qui va s’avérer être l’une des plus belles surprises du séjour. Après avoir quitté Winslow, les paysages évoluent progressivement. Les vastes plaines désertiques laissent place à des reliefs plus accidentés, puis à des plateaux couverts de végétation. La route serpente entre mesas, vallées et formations rocheuses aux couleurs changeantes.




On traverse notamment les secteurs de Happy Jack, Pine et Strawberry, petites communautés de montagne nichées au cœur de la forêt nationale de Coconino. Le contraste avec les paysages rencontrés durant les jours précédents est saisissant. Ici, les cactus ont laissé la place aux pins ponderosa, l’air est plus frais et les panoramas rappellent davantage certains secteurs montagneux qu’on n’imagine pas forcément en Arizona. A Pine, quelques minutes suffisent pour apprécier le charme tranquille de cette bourgade entourée de forêts. Les paysages prennent ensuite une dimension spectaculaire lorsque la route amorce sa descente vers la vallée de Phoenix. Les points de vue se multiplient et permettent d’admirer des dizaines de kilomètres de reliefs successifs. Ce dernier trajet résume finalement à lui seul toute la diversité de l’Arizona : désert, montagnes, forêts, plateaux et immenses espaces ouverts.




En milieu d’après-midi, j’arrive enfin à Phoenix. Le temps de prendre possession de ma chambre, de profiter d’une longue douche réparatrice et de savourer quelques instants de calme après près d’une semaine passée sur les routes, et il est déjà temps de repartir. Car si ce road-trip sur la Route 66 a constitué une aventure extraordinaire, le véritable objectif de ce voyage m’attend désormais. Ce soir, le Rhythm Room, mythique club de Phoenix, célèbre à la fois le 70ème anniversaire de Bob Corritore et le 35èmeanniversaire de l’établissement, qui fermera malheureusement ses portes en mai prochain. Un moment forcément chargé d’émotion pour tous ceux qui ont fréquenté ce lieu devenu au fil des décennies l’un des temples du blues américain.




Dès mon arrivée, l’ambiance est celle des très grands soirs. La salle affiche complet, les conversations s’enchaînent entre musiciens, passionnés, journalistes et habitués du club, tandis que les visages familiers du blues américain se retrouvent autour du bar comme pour une grande réunion de famille. Au centre de la scène, Bob Corritore joue parfaitement son rôle de maître de cérémonie, harmonica en poche et sourire aux lèvres. Autour de lui, c’est une véritable dream team qui prend place avec Jimi « Primetime » Smith et Billy Flynn à la guitare, l’inusable Bob Stroger à la basse, Wes Starr à la batterie, Anthony Geraci aux claviers, et, au cours de la soirée, les chanteurs Willie Buck et Oscar Wilson ainsi que les remarquables Carla Denise et Tia Carroll.




Dès les premiers morceaux, le ton est donné. Le blues de Chicago domine les débats avec son lot de shuffle ravageurs, de solos inspirés et de joutes musicales entre instrumentistes qui semblent prendre autant de plaisir que le public. Les interventions de Willie Buck replongent l’assistance dans les grandes heures du South Side de Chicago tandis qu’Oscar Wilson impose son immense présence vocale. Anthony Geraci distribue avec élégance ses nappes de piano et d’orgue, pendant que Billy Flynn et Jimi Primetime Smith rivalisent de finesse et de feeling.




Mais au-delà des performances individuelles, c’est surtout l’esprit de célébration qui marque les esprits. Chaque morceau ressemble à une déclaration d’amour adressée à Bob Corritore, à son club et à tout ce qu’ils ont apporté à la scène blues depuis plus de trois décennies. Les sourires sont omniprésents, les standing ovations se multiplient et l’émotion affleure régulièrement lorsque chacun prend conscience qu’il s’agit aussi d’un des derniers grands événements organisés dans ces murs mythiques.




Une soirée exceptionnelle donc, riche en musique, en retrouvailles et en souvenirs, dont il serait injuste de résumer davantage les moments forts ici. Les prestations, les invités surprises, les rencontres en coulisses et toutes les émotions de cette célébration mériteront bien à eux seuls un live report détaillé qui paraîtra sans doute dans les prochains jours.

Après plusieurs milliers de kilomètres parcourus entre l’Arizona, le Nevada et la Californie, difficile d’imaginer une plus belle façon de conclure ce road-trip américain. Entre les paysages grandioses de la Route 66 et cette nuit de blues mémorable au cœur de Phoenix, le voyage aura finalement tenu toutes ses promesses. Dès demain, un bel oiseau blanc me ramènera vers Paris mais aussi vers d’autres aventures.
Fred Delforge – septembre 2026