Te veo
(Label Pince-Oreilles – 2026)
Durée 64’28 – 14 Titres
https://collectifpinceoreilles.com/Groupes.php?id=28
Un premier album qui naît souvent d’un vertige intime. Dans le cas d’Isla Dorada, ce vertige a la couleur d’un pays lointain, d’une mémoire qui brûle encore, et d’un jazz moderne qui n’a jamais cessé de tendre l’oreille vers les rythmes du monde. Projet porté par le contrebassiste Michel Molines, le quintet s’impose comme une passerelle vivante entre Caracas et l’Europe, entre l’héritage vénézuélien et l’inventivité du jazz contemporain.
Née du désir de renouer avec une identité parfois cabossée par l’exil, Isla Dorada s’appuie sur une formation solide de musiciens qui ont tous développé une affection profonde pour les musiques latines. Le cœur du projet bat au rythme des percussions traditionnelles, tandis que la voix d’une chanteuse vénézuélienne apporte une dimension narrative essentielle, celle d’un pays raconté depuis la distance, avec douceur, douleur et une forme de jubilation retrouvée.
A travers des textes en Espagnol, le groupe explore les failles, les beautés et les contradictions d’une culture qui continue de vibrer malgré les fractures de l’histoire. Improvisations puissantes, rythmes ancestraux, jazz moderne en pleine expansion, Isla Dorada se présente comme un territoire musical où l’on traverse un pont entre deux continents, deux âges, deux manières de respirer le monde.
Annoncé pour le 30 octobre 2026 sur le label Pince-Oreilles, « Te Veo » est un disque qui ne cherche pas à séduire par l’esbroufe, il s’impose par sa sincérité. Dès les premières mesures, on comprend que Michel Molines a voulu composer un album qui raconte autant qu’il célèbre. Les pièces s’ouvrent souvent sur des motifs rythmiques issus du folklore vénézuélien, rapidement enveloppés par des harmonies jazz modernes qui élargissent le paysage.
La voix de Rebecca Roger Cruz, omniprésente, ne se contente pas d’être un instrument, elle est un guide. Elle porte des récits intimes, parfois douloureux, mais jamais résignés. On y entend la nostalgie d’un pays perdu, mais aussi la joie d’une enfance qui remonte à la surface. Les musiciens, eux, répondent avec une liberté totale, solos de saxophone qui s’envolent, contrebasse qui pulse comme un cœur inquiet, piano qui dessine des clairières harmoniques, percussions qui rappellent les fêtes populaires autant que les marches silencieuses.
Ce qui interpelle dans « Te Veo », c’est la manière dont chaque morceau semble avancer comme une conversation entre passé et présent. Le jazz y devient un espace de respiration, un lieu où les traditions se réinventent sans jamais se travestir. L’album réussit ainsi à être à la fois profondément ancré dans une culture précise et totalement ouvert sur le monde.
En filigrane, on perçoit une quête, celle de retrouver une île intérieure, un territoire intime que l’exil n’a pas effacé. Isla Dorada transforme cette quête en musique, et « Te Veo » en est la première carte, vibrante, généreuse, lumineuse.
A mi-chemin entre le jazz et les musiques du monde, cet album est une pure merveille !