Time & Space

(Riptide Records – 2026)  

Durée 38’37 – 11 Titres 

https://www.facebook.com/KOMODORBAND

Certains groupes naissent dans le bruit et la fureur, d’autres dans la douceur des rencontres. Komodor, lui, est né dans une maison bretonne où les amplis chauffaient autant que le café du matin. Formé à Douarnenez, le quintet s’est construit autour d’une passion commune pour les riffs vintage, les harmonies vocales héritées des seventies et cette énergie brute qui transforme un garage en cathédrale électrique.

Dès leurs débuts, les membres de Komodor ont cultivé une esthétique résolument analogique, guitares fuzz, orgues granuleux, batterie sèche et nerveuse, le tout enregistré comme on capture un animal sauvage, sans trop l’approcher, de peur de l’apprivoiser. Leur premier EP avait déjà attiré l’attention des amateurs de rock rétro-futuriste, mais c’est sur scène que le groupe s’est imposé.

Komodor joue comme on respire, fort, libre, avec une joie contagieuse qui rappelle que le rock n’est pas un musée mais un organisme vivant. Avec le temps, le combo a affiné son identité. Sa musique, nourrie de Blue Öyster Cult, de Grand Funk Railroad ou encore de Kadavar, ne se contente pas de recycler les codes du passé. Elle les réactive, les tord, les modernise.

Komodor est de ces formations qui savent que la nostalgie n’a de valeur que si elle sert de tremplin, pas de refuge. Avec « Time & Space », Komodor signe un album qui porte bien son nom, un disque qui traverse les époques et les atmosphères, oscillant entre la rugosité terrestre du rock garage et les échappées interstellaires du psychédélisme.

Dès les premières secondes, on comprend que le groupe a franchi un cap. Le son est plus ample, plus assumé, sans perdre cette patine artisanale qui fait son charme. Les guitares s’entrelacent dans un dialogue permanent, tantôt tranchantes, tantôt liquides. La section rythmique, elle, avance comme un train lancé à pleine vitesse, mais jamais hors de contrôle. On sent une maturité nouvelle dans l’écriture, les morceaux prennent le temps de s’installer, de se transformer, de surprendre.

Les voix, souvent en harmonie, apportent une dimension presque solaire à l’ensemble. Elles éclairent les riffs les plus sombres, comme si Komodor cherchait constamment l’équilibre entre ombre et lumière. L’album navigue entre deux pôles, la physicalité du rock, brute, immédiate, presque charnelle, et l’appel du lointain, cette envie de s’arracher au sol pour flotter dans un espace imaginaire.

Ce double mouvement donne à « Time & Space » une dynamique narrative. On ne l’écoute pas, on le traverse. Chaque morceau semble ouvrir une porte vers un ailleurs, sans jamais perdre le fil conducteur, l’énergie collective du groupe.

« Time & Space » est un album d’artisans passionnés, de musiciens qui savent d’où ils viennent et où ils veulent aller. Il y a dans ce disque une forme de confiance retrouvée, une manière de dire voilà qui nous sommes, voilà ce que nous faisons, et nous le faisons à fond.

Avec cet ouvrage, Komodor confirme qu’il est l’un des groupes français les plus enthousiasmants de la scène rock actuelle. Leur musique, à la fois enracinée et cosmique, elle rappelle que le rock n’a pas besoin d’être réinventé pour être vibrant. Il suffit qu’il soit joué avec conviction, avec cœur, avec cette étincelle qui transforme un riff en voyage. On est pris d’une envie de monter le volume et de laisser la musique faire le reste.

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