Amarre

(InOuïe Distribution – 2026)  

Durée 49’33 – 11 Titres 

https://www.lei-music.fr

Certaines rencontres semblent écrites dans l’air, dans la poussière des chemins, dans la mémoire des peuples. Celle de Laurène Barnel et Carine Habauzit, fondatrices du duo vocal LEÏ, appartient à cette catégorie rare. Toutes deux puisent dans les traditions orales de la Méditerranée et du Proche-Orient, façonnant une musique qui porte la parole des femmes, leurs gestes, leurs transmissions, leurs silences et leurs élans.

Leur projet artistique, né en 2022, s’est imposé avec une évidence, chanter pour créer du lien, pour prendre soin, pour célébrer. LEÏ, c’est d’abord une manière d’habiter la voix. Les deux artistes écrivent, composent et arrangent à deux voix et quatre mains, sculptant un langage polyphonique intime, épuré, incandescent. Leur travail s’inscrit dans une démarche profondément humaniste, concerts dans les festivals, églises, lieux patrimoniaux, mais aussi interventions en crèches, écoles, Ehpads, prisons … Leur chant circule là où il peut toucher, apaiser, éveiller.

Cette volonté de transmission irrigue tout leur parcours, jusqu’à la création de projets participatifs et de chœurs, comme celui qu’elles initient à Marseille en 2026. Avec « Amarre », LEÏ signe un premier album qui ressemble à un rivage, un lieu où l’on accoste, où l’on se repose, où l’on rêve, mais aussi un point d’ancrage pour repartir plus loin.

L’opus, paru mi-février, se présente comme une plongée dans l’imaginaire des eaux, un territoire symbolique où se mêlent comptines, berceuses, chants de femmes, compositions originales. Dès les premières notes, on comprend que l’album ne cherche pas l’esbroufe pour privilégier la nudité des voix, la respiration, la vibration du timbre. Les percussions, discrètes mais essentielles, dessinent un écrin organique. L’ensemble évoque un geste ancien, presque rituel, mais réinventé avec une modernité sensible.

Le premier single, « Lo Hadi Aingürüa », donne le ton avec une polyphonie qui semble flotter entre les langues, les époques, les rivages. LEÏ ne cherche pas à reconstituer un folklore, elles réinventent un héritage, le traversent, le prolongent. Leur chant, à la fois doux et incandescent, porte les émotions à fleur de peau, espoir, tendresse, trouble, autant de nuances qui composent la palette de l’album.

« Amarre » est aussi un disque du cycle, celui de la vie, de l’enfance au grand âge, des eaux calmes aux courants plus sombres. On y entend des berceuses qui rassurent, des chants qui veillent, des murmures qui consolent. Mais aussi une force souterraine, une intensité qui rappelle que les voix de femmes ont longtemps été reléguées à l’ombre, et qu’ici, elles se tiennent au premier plan, lumineuses, souveraines.

Sur scène, ce répertoire a déjà trouvé son souffle. Joué plus d’une centaine de fois, il a touché des publics très divers, confirmant la puissance universelle de cette musique. L’album en est l’écrin naturel, une manière de fixer cette matière vivante sans jamais l’enfermer.

Avec « Amarre », LEÏ offre un premier album d’une rare cohérence, à la fois intime et ouvert sur le monde. Un disque qui apaise autant qu’il bouleverse, qui rappelle que la voix humaine reste l’un des instruments les plus puissants pour dire la fragilité, la beauté et la complexité de nos existences.

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