LE BUIS BLUES FESTIVAL #20

LE BUIS BLUES FESTIVAL #20
LE BUIS (87)
Du 20 au 22 août 2026

https://www.lebuisbluesfestival.com

Il y a des comptes-rendus que l’on aurait aimé ne jamais avoir eu à écrire… non pour la programmation musicale car, comme pour toutes les éditions au Buis, celle-ci a été de nouveau d’une qualité maximale, avec des artistes engagés et des répertoires diversifiés, mais tout simplement parce que c’était la dernière dans ce petit village du Limousin, et que ne plus y venir tous les ans en août va terriblement nous manquer. J’y reviendrai bien entendu dans ce report, mais en attendant que s’est-il donc passé musicalement ? 

Jeudi 20 août, c’est à 20 heures pétantes au clocher de l’église, la ponctualité étant l’une des marques de fabrique indélébiles du BBF, que Laurent Bourdier monte sur la nouvelle scène, absolument magnifique dont on peut regretter qu’elle ne soit pas arrivée plus tôt pour les éditions précédentes, pour nous présenter le groupe qui assurait l’ouverture du festival, les Allemands de The See See Riders. Une entrée en matière d’une fraîcheur incroyable qui nous a emmenés loin vers le sud des États-Unis, mais pas que, avec un set mêlant sonorités du Bayou et de Folk, le tout devant un public déjà très fourni, l’annonce de la dernière édition ayant sans doute incité des personnes à venir voir ce qui pouvait bien se passer sur ce festival dont tout le monde parlait tant, et en termes si élogieux. Très gros succès mérité pour ce quatuor qui a lancé la soirée de la plus belle des manières

Leilani Kilgore étant attendue avec une curiosité certaine, car cette toute jeune artiste entamait sa toute première tournée en Europe par Le Buis, et je doute fort que beaucoup de gens dans le public la connaissaient avant ce soir. Autant vous le dire de suite, énorme claque reçue de la part de cette guitariste, dont la technique a dû laisser plus d’un gratteux amateur comme moi admiratif de sa dextérité. Un power-trio explosif avec le répertoire qui correspond bien, du Blues-Rock bien pêchu comme on l’aime ! Un seul bémol, qui bien entendu n’engage que moi, peut-être un peu « too much » au niveau d’un jeu de scène typiquement américain, qui a tendance à parfois en faire un peu trop. Mais quelle superbe prestation musicale ! 

Vendredi 20 août, le tour du Limousin ayant élu domicile à Nantiat pour le départ de la dernière étape, le spectacle destiné aux enfants était délocalisé à Nieul. Mais comme tous les ans pour nous, le Buis était aussi l’occasion d’aller rendre visite à des amis que l’on ne voit pas assez souvent, Jacky et Jeanine Beaugeois, bénévoles historiques du BBF. Car c’est cela aussi un festival, des rencontres qui se transforment en amitié profonde au fil des années, et Le Buis nous a offert comme cela un nombre impressionnant de rencontres avec des personnes admirables. C’est donc à 19h30 que nous sommes revenus pour un groupe originaire lui aussi d’outre Rhin, les Stone Water Band. Là encore découverte totale pour moi, encore un marqueur du BBF, faire découvrir des artistes que l’on ne voit pas ailleurs, qui a sacrément bien chauffé le public et a donné la tonalité de la soirée. Un Rock typique des années 70/80, mon premier coup de cœur de cette édition et très gros succès auprès de tout le monde.

Lors de sa présentation par Laurent, le groupe suivant a été déclaré OMNI, Objet Musical Non Identifié, et il faut bien avouer que cela caractérise à merveille l’américain Johnny Mullenax ! J’ai eu un peu de mal à « rentrer dedans » comme l’on dit, son univers étant totalement indéfinissable et visitant un grand nombre de registres différents, mais au bout d’un petit quart d’heure il avait réussi à m’embarquer avec lui, grandement aidé en cela par un violoniste démoniaque, venu effectivement sans doute d’une autre galaxie ! Je ne suis pas certain que tout le monde ait apprécié cet éclectisme, mais pour ma part je vous engage vraiment à aller découvrir son univers si particulier, vous serez forcément surpris, et certainement très agréablement.

Ils avaient mis le feu en 2022 et ils ont récidivé en 2026 ! Les Espagnols d’A Contra Blues nous ont de nouveau régalés avec leur Blues-Rock d’une énergie folle, avec ces deux guitaristes exceptionnels qui ne sont pas sans nous rappeler les groupes mythiques de Southern-Rock. La formation fêtait également ses vingt ans d’existence, et emmenée par la voix incroyable de Jonathan Herrero elle nous a offert l’un de ces concerts que l’on n’oublie jamais. Les récipiendaires de l’European Blues Challenge 2014 à Riga (scène sur laquelle nous avions d’ailleurs pu écouter également un chanteur répondant au nom de Freddy Miller, que nous allions retrouver très souvent lors de jams dans la grange au Buis) nous ont encore subjugués par leur immense talent !

Samedi 22 août, le traditionnel repas en commun du midi a de nouveau rassemblé beaucoup de monde, avec une joue de bœuf absolument délicieuse. La soirée a débuté avec un trio estampillé pur Blues, lui aussi vainqueur de l’EBC mais cette fois-ci en 2024, Robbert Duijf Band. Une affaire de famille avec le papa au résonnateur National, chant et harmo, le fils ainé tout sourire dehors et les yeux azur grands ouverts à la contrebasse et aux chœurs, et le fils cadet, qui venait de fêter son anniversaire, venu faire un titre à la batterie, remplaçant ainsi provisoirement le titulaire du poste, lui-même ex-Ragtime Rumours. Deuxième coup de cœur pour moi du festival. Pour couronner le tout, la relation avec le public a été totale et a emporté tous les suffrages. Superbe !

Alors là, que vous dire ? Énorme semble bien trop faible par rapport à ce que nous ont offert Hussy Hicks et Minnie Markx ! Après 2023 pour Hussy Hickx et 2024 pour Minnie, c’était le retour en force de l’Australie avec son énergie totale et des répertoires mêlés. Une générosité hors norme sur scène et leur charisme de folie ont fait l’unanimité ! Ces artistes sont assez impossibles à décrire ici tant il faut les voir sur scène. Pas d’esbrouffe, rien que du talent brut qui vous en met plein les oreilles et plein la vue ! Troisième coup de cœur pour moi, mais je dois bien avouer que depuis leurs précédents passages je ne suis plus du tout objectif avec ces artistes. C’est aussi l’occasion d’avoir une énorme pensée pour Arna Rox, australienne elle aussi, qui nous avait tous retournés lors de l’édition 2019 et qui nous a quittés prématurément. En Australie il n’y a pas qu’AC/DC ou INXS, il existe bien d’autres pépites que Laurent Bourdier a su nous faire découvrir.

Tandis que Laurent venait nous présenter le dernier groupe, en coulisse se rassemblaient discrètement tous les bénévoles qui montèrent ensuite sur scène pour, d’une part, nous dire au revoir, mais également pour rendre hommage à Laurent, en revisitant l’emblématique titre de Joan Jett « I Love Rock N’ Roll » rebaptisé pour l’occasion « Adieu BBF ». Un moment inoubliable d’une intense émotion qui a tiré quelques larmes chez beaucoup, je n’en dirai pas plus… il fallait le vivre.

Pour le dernier concert de cette vingtième et ultime édition du Buis Blues Festival, Laurent s’est fait plaisir avec un groupe le faisant revenir à ses jeunes années, lorsqu’il découvrait le « Highway To Hell » des frères Young. Les Norvégiens de Kardang n’y vont pas avec le dos de la cuillère, c’est du bon gros Rock interprété par des musiciens particulièrement compliqués à prendre en photo tant ça bouge dans tous les sens ! Et si quelques-uns sont partis, espérant sans doute une clôture plus proche du Blues originel, je pense que l’on doit bien cela à Laurent, lui qui nous a tant proposé de spectacles inoubliables. Se faire plaisir et profiter du moment était aussi un leitmotiv du BBF, qu’il a même fini par se faire tatouer !

Mais tout n’était pas totalement encore terminé, puisque dans la grange on a joué les prolongations avec une jam et les habituels musiciens, Orphée à la guitare, Ben aux claviers et Lou à la basse, et avec notre Titi national en maître de cérémonie. Ils seront bientôt rejoints par Freddy Miller, Wendy Tinawen et une chanteuse du public, puis un batteur, un bassiste et Marc Loison et une partie de Kardang. Les Off de la grange ont aussi fait la réputation du BBF par son originalité, et nous y avons vu et entendu quelques moments d’anthologie avec des artistes sortant de la scène principale, et venant taper le bœuf avec des musiciens amateurs.

Comme je l’indiquais en introduction de ce report, cette dernière mouture de ce festival, devenu incontournable pour beaucoup, va laisser un immense vide. De la même manière que nous regrettons toujours la disparition du Bagnols Blues Festival, d’Availles, du B.A.R, et de quelques autres, ce BBF laissera une trace indélébile dans le paysage des manifestions estampillées musique bleue, dont l’avenir est de plus en plus incertain mais ceci est un autre débat. Il aura réussi l’amalgame de toutes les formes de Blues, du plus traditionnel jusqu’au Rock le plus puissant, en passant par la soul, le Rhythm n Blues, le folk, et même quelques incursions vers les musiques africaines, avec des artistes chaleureux et proches d’un public qui lui a bien rendu durant toutes ces années. Comme tout festival, rien n’aurait été possible sans tous ces bénévoles qui ont tant donné de leur temps, sans les techniciens son, lumière, backline, qu’il faut remercier et applaudir debout pour tout ce travail accompli, et sans ce public qui s’est attaché à ce lieu. Un village de 180 habitants qui a vu défiler des milliers d’afficionados, venus prendre du plaisir au sein d’un festival qui a, au fil des années, développé une personnalité unique. Mais c’était aussi un lieu de rencontres qui a fait sauter toutes les barrières, philosophiques, ethniques, linguistiques, sociales, et où nous nous sommes forgés de solides amitiés.

Il convient d’ajouter un immense MERCI à toutes celles et tous ceux qui, à un moment ou à un autre, ont apporté leur pierre à l’édifice, à l’association L’école Buissonnière, à son bureau, sans oublier les villages aux alentours qui ont accueilli eux-aussi les soirées d’ouverture des différentes éditions et les spectacles dédiés aux enfants. Ce festival avait une vraie personnalité, une âme et une ambiance particulière qui nous faisait venir une première fois et ne nous lâchait plus ensuite. Une manifestation difficile à décrire si l’on n’y est pas venu et qui va profondément nous manquer, même si Laurent en a expliqué les raisons dans le Blues Magazine du mois de juin, décision comprise et respectée. Merci Laurent, figure de proue du BBF, pour nous avoir procuré tant de joie avec des programmations quelquefois déroutantes sur le papier, mais ô combien appréciées lors des prestations des formations. Pour terminer, et à titre personnel, j’ai une pensée toute particulière pour Pascal Redondo et Jacky et Jeanine Beaugeois, je n’en dis pas plus, ils savent…, et trois mots très simples mais qui résument tout pour conclure ces vingt ans de plaisir : MERCI À TOUS !

Alain Hiot – aout 2026

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