Rouge
(ANZN – Pias – 2026)
Durée 29’34 – 11 Titres
Né en 2013 dans la banlieue Est parisienne, Soviet Suprem s’est rapidement imposé comme l’un des projets les plus singuliers de la scène française contemporaine. Le duo, composé de John Lénine (Toma Feterman de La Caravane Passe) et Sylvester Staline (R.wan du groupe Java), s’est construit une identité hybride où l’humour, la satire politique et la fête se mêlent dans un grand bain de références soviétiques revisitées.
Leur univers, nourri de musiques balkaniques, de rap, de punk militaro-burlesque et d’électro, fonctionne comme une uchronie joyeuse, un monde où l’URSS n’aurait jamais cessé de régner, mais pour mieux faire danser les foules. Derrière les uniformes, les slogans détournés et les jeux de mots en rafale, Soviet Suprem cultive une véritable science du groove.
Le groupe s’amuse des clichés de l’ère soviétique, détourne les codes de la propagande et transforme chaque concert en meeting festif où l’on sabre le champagne à coup de faucille et où les chevaux cosaques envahissent symboliquement le dancefloor. Leur esthétique, volontairement outrancière, s’accompagne d’une écriture ciselée, pleine d’ironie et de clins d’œil historiques.
Au fil des années, le duo a affiné sa formule et après avoir revisité la sono mondiale à travers l’œil de Moscou sur « L’Internationale » en 2014, puis exploré une veine électro-minimale teintée de chœurs de l’Armée rouge avec « Marx Attack » en 2018, Soviet Suprem a continué d’élargir son territoire musical, fédérant un public intergénérationnel et multipliant les concerts à guichets fermés.
Avec « Rouge », son nouvel effort, Soviet Suprem revient plus affûté que jamais. Le premier extrait, « Bis Trop », donne immédiatement le ton, c’est un morceau entraînant, bardé de jeux de mots et porté par une énergie irrésistible. Le duo y retrouve cette manière unique de mêler humour, critique sociale et sens du spectacle, tout en s’appuyant sur une production plus moderne, plus dense.
« Rouge » semble prolonger la mythologie du groupe tout en la réactualisant. Les influences balkaniques et soviéto-disco sont toujours là, mais enrichies d’une dimension pop et d’un sens du refrain plus affirmé. Soviet Suprem joue avec les codes comme jamais, slogans détournés, imagerie rouge vif, second degré permanent, mais aussi une vraie tendresse pour les cultures qu’ils pastichent.
Le disque s’annonce comme un manifeste festif, un appel à la danse autant qu’un clin d’œil politique. On se régale de la précision de l’écriture, des textes toujours aussi malicieux, qui jonglent entre satire et poésie populaire, mais aussi de la richesse des collaborations, avec Tracy De Sà qui injecte son flow incisif et son énergie hip-hop, avec Namko, figure montante de la scène électro-balkanique, ou avec 2ksee qui renforce la dimension rap du projet avec un phrasé précis.
Flavia Coelho amène sa chaleur brésilienne, sa sensualité et son sens du métissage, Aurélie Saada apporte une élégance pop et une douceur ironique, Mourad Musset de La Rue Kétanou insuffle une fibre plus chanson, plus humaine, tandis que Dubioza Kolektiv, groupe bosnien emblématique du balkan-ska engagé, parachève l’ensemble avec une énergie punk et une fraternité musicale évidente pour une rencontre naturelle entre deux formations qui partagent le goût du groove militant. Ces invités ne sont pas de simples apparitions, ils incarnent l’idée même de « Rouge », un album pensé comme un front artistique international, joyeux et solidaire.
L’album s’inscrit dans un moment important pour le groupe, dix ans de carrière, une popularité croissante, des millions d’écoutes en streaming et une tournée déjà en préparation. Soviet Suprem s’apprête à repartir en campagne avec un show qui promet d’être encore plus spectaculaire. A découvrir d’urgence !