Late midnight
(Autoproduction – 2026)
Durée 55’02 – 15 Titres
https://www.instagram.com/theexitends
The Exit Ends est un de ces projets musicaux qui naissent d’un geste intime, presque secret, et qui finissent par s’ouvrir au monde comme une confidence longtemps retenue. A l’origine, il y a Laurent Alexandre, Caennais devenu journaliste à Marseille, pianiste discret mais obstiné, longtemps tapi derrière les claviers de Moon Ra ou invité sur les albums de Kino Frontera et No Jazz Quartet. Pendant des années, il compose dans l’ombre, dans le silence d’un salon ou d’une chambre, des morceaux où se mêlent poésie surréaliste, amours pittoresques et visions symboliques, jusqu’à cette statue de la Liberté oppressée par les laideurs du monde contemporain, image qu’il évoque dans ses textes.
Le déclic survient lorsqu’il pousse la porte du Local 54 Studio, antre du producteur marseillais Jearc, figure incontournable de la scène rock locale. Convaincu par la force fragile de ces compositions, Jearc décide d’en faire un album et convoque autour de Laurent une véritable escouade de musiciens chevronnés comme Sonic Polo, guitariste du No Jazz Quartet et vétéran de plus de six centaines de concerts, Étienne Jesel, bassiste historique de Quartiers Nord, Natalia Rodriguez-Ramirez, dont les volutes vocales et les touches de synthé, jusqu’au Theremin de « Hide », ajoutent une dimension spectrale à l’ensemble.
Ainsi naît The Exit Ends, groupe de studio autant que famille artistique, soudée par l’envie de montrer ce que Marseille sait faire quand elle marie rock, sensibilité pop et imaginaire cinématographique.
Avec « Late Midnight », le groupe signe un premier album d’une étonnante cohérence, un disque qui ressemble à un film intérieur, à la fois nocturne, feutré et traversé d’éclats lumineux. Certains parlent d’un « cookie musical de pop introspective », et l’image n’est pas usurpée puisqu’on y croque des textures, des ambiances, des émotions, parfois sucrées, parfois amères, mais toujours délicatement façonnées.
Les trames pianistiques de Laurent Alexandre, d’un bleu lynchien, servent de colonne vertébrale à ces quinze titres. Autour d’elles, Jearc et Sonic Polo tissent des guitares inventives, tantôt caressantes, tantôt nerveuses, qui élargissent le spectre sonore vers une pop atmosphérique aux accents rock subtils. La section rythmique, rigoureuse et sans esbroufe, maintient l’ensemble dans une élégance constante. La basse d’Étienne Jesel, tout en retenue, épouse la frappe précise de Jearc, donnant au disque une assise solide sans jamais l’alourdir.
L’album s’ouvre sur « Red Gown », morceau à la fois intime et ample, avant de glisser vers les ombres de « Hide » ou les brumes de « Fog ». « Carmen in Tennessee » évoque un ailleurs imaginaire, un Sud américain fantasmé, tandis que « Nocturne » et « Blue Sunshine » offrent des respirations instrumentales qui renforcent la dimension cinématographique du projet. « Rubicon », pièce maîtresse, raconte le passage intérieur, la décision irréversible, l’affrontement avec ses propres peurs, le thème central de l’album.
Le clip d’« After All », réalisé dans le métro et les rues de Marseille, prolonge cette esthétique crépusculaire, une histoire d’amours vampiriques, de promesse d’éternité, de solitude urbaine. Le morceau lui-même, tout en tension douce, incarne parfaitement l’esprit du disque.
Au fil des titres, « Late Midnight » dessine un voyage sensible, de la confidence à l’aveu, du rêve à la lucidité. On y croise un Tennessee inventé, un Miyazaki secret, des larmes qui tombent « avec le flegme de tomber sur la moquette », comme le dit joliment le groupe. Le lyrisme est là, mais jamais emphatique, l’émotion affleure sans débordement.
Avec ce premier album, The Exit Ends réussit le pari rare de transformer une introspection en œuvre collective, un journal intime en odyssée pop. Le disque respire Marseille, ses studios, ses musiciens, son énergie rock, mais aussi une forme de pudeur poétique qui lui donne une identité singulière. C’est un album abouti, élégant, profondément humain, un compagnon de nuit, de route, de solitude ou de rêverie.