Princesse Emma
(Plaza Mayor Company – InOuïe Distribution – 2026)
Durée 76’08 – 20 Titres
Il y a chez Stéphane Sassi une manière singulière d’habiter la musique, une façon de la penser comme un espace, de la modeler comme une matière vivante, de la laisser respirer comme un organisme sensible. Pianiste, compositeur, multi‑instrumentiste, arrangeur, producteur, il appartient à cette famille rare d’artistes qui ne séparent jamais la technique de l’émotion, ni la virtuosité de l’intime. Depuis des années, il construit une œuvre plurielle, à la croisée du rock, du jazz, de la musique improvisée, des ambiances cinématographiques et de la recherche sonore.
Sassi est de ceux qui avancent par projets, chacun mûri comme un univers autonome. Après « Serge », album hommage à son père, il revient en 2026 avec une création encore plus personnelle, presque viscérale, « Princesse Emma », dédiée à sa mère disparue en 2022. Un disque‑monde, un film intérieur, un geste d’amour transformé en architecture musicale.
Sorti le 22 mai 2026, jour anniversaire d’Emma, l’album s’impose d’emblée comme l’un des projets les plus aboutis de Stéphane Sassi. Vingt titres, vingt fragments de mémoire, vingt éclats d’une vie racontée non pas par les mots, mais par les couleurs, les textures, les rythmes et les respirations.
Sassi y joue presque tout, piano, claviers, guitare électrique, chœurs, mais il signe aussi les arrangements, la direction musicale et la production. Pendant six mois de mixage, il a sculpté chaque instrument comme un élément narratif, cherchant la nuance juste, la vibration qui raconte, la résonance qui touche.
L’âme de l’album, pourtant, n’est pas seulement dans ses claviers, elle est aussi dans la clarinette basse d’Yves Hafner, compagnon de longue date, dont le timbre profond, velouté ou déchirant, devient la voix d’Emma, son souffle, son ombre portée. A ses côtés, une constellation de proches, Virginie Sassi sur « Francesca », François Buisson, Marc Fonvieille, Liane Williamson, Isabelle Monfériér, Raphaël Commerçon, Christophe Beausset… autant de présences qui donnent chair à ce récit musical.
L’album s’ouvre sur « La valse des fous », une pièce de douce folie, presque onirique, qui installe immédiatement le ton, celui d’un hommage tendre, vibrant, sans pathos mais chargé d’humanité. Puis viennent les portraits. « Odyle », son deuxième prénom, délicat et lumineux, « Etrange vie », qui dit la singularité d’un parcours, « Princesse Emma », morceau phare, rock, déjanté, presque cathartique, « Francesca », moment intime où la voix parlée de Virginie Sassi, en Espagnol, ouvre une brèche bouleversante.
Et encore « L’espace de ton temps », où la guitare de François Buisson s’envole dans un solo envoûtant, « Solex Ballade », souvenir tendre de trajets mère‑fils, « Espagnolade », un clin d’œil aux origines, « Le cri de ton âme », sommet émotionnel, montée de cœur et d’âme, et pour finir, « L’île aux enfants », qui referme l’album comme on referme un album photo.
Chaque titre est une vignette, un souvenir, un geste de mémoire. L’ensemble forme un récit cohérent, presque cinématographique, renforcé par l’univers visuel conçu par Marc Fonvieille, entre rose dominant et dessins au stylo bleu, comme un carnet intime ouvert au monde.
On est forcément touché par la manière dont Stéphane Sassi parvient à transformer un deuil en lumière. L’album n’est jamais pesant, il danse, il respire, il raconte. Il mêle la tendresse à la fantaisie, la mélancolie à l’énergie, la poésie à la folie douce. On y entend un fils, bien sûr, mais aussi un compositeur au sommet de son art, capable de faire dialoguer rock et jazz, improvisation et écriture, intimité et ampleur.
« Princesse Emma » n’est pas seulement un hommage, c’est une œuvre de transmission, un geste d’amour universel, un disque qui marque parce qu’il est vrai, sincère, profondément humain.