Neocubist blues

(Autoproduction – 2026)  

Durée 35’09 – 16 Titres 

https://geigervonmuller.com

Installé à Londres, Geiger von Müller s’est forgé une réputation d’expérimentateur de la slide guitar, celle d’un musicien qui refuse les étiquettes et préfère explorer les zones frontières du blues, du folk, du psychédélisme et de l’art sonore. Depuis 2018, il développe une œuvre où la guitare devient un laboratoire miniature, un terrain d’essais où se croisent ambient, protest music conceptuelle et racines blues. Ses quatre premiers albums ont progressivement installé son langage, un jeu dépouillé, introspectif, parfois abrasif, toujours en quête de nouvelles textures. 

Von Müller revendique une approche libre, presque artisanale, où l’instrument est observé sous microscope, chaque vibration devenant matière à sculpter. Cette démarche l’a conduit à collaborer avec des artistes noise et electro, et à développer une esthétique où l’innovation prime sur la conformité.  

Avec « Neocubist Blues », Geiger von Müller franchit une nouvelle étape. L’album, présenté comme une fusion entre country blues et expérimentation cubiste, propose seize pièces dont onze durent moins d’une minute. Cette brièveté volontaire donne au disque une énergie coupante, presque fragmentaire, comme si chaque idée surgissait, frappait, puis disparaissait avant que l’oreille ne s’installe.   

Le concept cubiste n’est pas un simple effet d’annonce, il s’agit bien de montrer toutes les facettes du blues en même temps, de briser la linéarité, de multiplier les angles. Toronto Blues Society a d’ailleurs décrit l’album comme un exercice d’« aural cubism », où les motifs se décomposent, se recomposent, se contredisent parfois, mais toujours dans une logique d’exploration. 

L’ouverture, « Intro », joue sur des harmoniques cristallines, presque suspendues. Puis vient la trilogie « Toys In Ghettos », agressive, nerveuse, évoquant un Jack White minimaliste. « Europa » réintroduit une forme de lyrisme slide, mais aussitôt déconstruite par des ruptures rythmiques. « Bottleneck Blue », plus longue, semble offrir un répit… avant que von Müller ne la sabote volontairement par des phrasés disloqués, des notes qui semblent tomber du ciel.

La suite avec « Before The Slide », « The Slide » et « After The Slide », forme un triptyque presque narratif, tandis que « New Revisit » étire le temps sur près de huit minutes et plonge dans une méditation hypnotique. Les trois cubes, « Orphic », « Synthetic », « Analytical », incarnent le cœur du projet avec des éclats sonores, des angles vifs, des miniatures conceptuelles.   

« Neocubist Blues » n’est pas un disque de blues traditionnel. C’est une réinvention, un geste artistique qui rappelle John Fahey dans sa manière de déstabiliser l’auditeur, de casser les rythmes, de refuser le confort. C’est aussi un album profondément intime, celui d’un homme seul avec sa guitare, sans artifice, sans filet, qui expose chaque idée brute, chaque souffle, chaque frottement.  

Von Müller signe ici une œuvre idiosyncratique, audacieuse, totalement originale, qui bouscule autant qu’elle fascine. Un disque pour ceux qui aiment le blues quand il s’aventure hors des sentiers battus, quand il devient un terrain d’expérimentation, un espace de liberté totale.

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