Welcome to Sunderland
(Guitar One Records – 2026)
Durée 37’24 – 11 Titres
Il existe des groupes qui traversent les modes sans jamais perdre leur cap. Des formations qui, loin des projecteurs tapageurs, construisent patiemment une œuvre sincère, généreuse, profondément enracinée dans le blues. Le Wildcat O’Halloran Band fait partie de cette famille-là. Depuis plus de quarante ans, la bande menée par le guitariste-chanteur Wildcat O’Halloran électrise les scènes du Massachusetts et bien au-delà, avec une longévité qui force le respect.
Cette longévité n’est pas un hasard. Wildcat, personnage haut en couleur, est un songwriter parmi les plus divertissants de la scène blues contemporaine, tandis qu’à ses côtés, son groupe ne connaît pas la signification du mot ennui. Les albums précédents ont régulièrement attiré l’attention, l’un d’entre eux intégrant même en 2022 le Top 100 Blues et se retrouvant dans les playlists de plus de deux cents radios. D’autres ont été salués par la Boston Blues Society ou encore par Blues Matters au Royaume-Uni.
Sur scène, le Wildcat O’Halloran Band a partagé l’affiche avec des légendes comme Greg Allman, John Lee Hooker, les Stray Cats… et a même servi de backing band à Bo Diddley. Rien que ça. Et quand il s’agit de rendre hommage, le groupe sait aussi se glisser dans la peau de ses héros puisque lors du Northampton Transperformance, ils ont incarné un Rory Gallagher « Irish blues crazy » qui a marqué les esprits.
Avec « Welcome To Sunderland », Wildcat O’Halloran et sa bande signent un vingt-et-unième album qui respire la proximité, l’humour, la tendresse et ce grain de folie qui fait leur charme depuis quatre décennies. Le disque s’ouvre sur « Welcome Wagon », un titre signé Halloran qui pose immédiatement le décor avec un blues chaleureux, roots, porté par une guitare expressive et une section rythmique solide avec Jopey Fitzpatrick à la batterie et Angelo Mursey à la basse. On retrouve cette patte familière tout au long de l’album, entre compositions originales et relectures inspirées.
Les morceaux écrits par Wildcat lui-même, « What Part Of Broken Up », « Afraid Of My Phone », « Muddy Waters Is Home » ou « Too Big To Cry », montrent un auteur qui sait manier l’ironie, l’autodérision et l’émotion avec une aisance rare. « Afraid Of My Phone », par exemple, joue sur une thématique très contemporaine avec un humour mordant, tandis que « Muddy Waters Is Home » rend hommage à l’héritage du blues avec une sincérité désarmante.
Les reprises, elles, ne sont jamais de simples exercices de style. « Worried Life Blues » ou « Born Under A Bad Sign » sont revisitées avec respect mais aussi avec cette touche personnelle qui évite toute redite. Le groupe ne cherche pas à imiter, il s’approprie, il raconte, il vit ces chansons.
La présence d’Ottomatic Slim à l’harmonica sur plusieurs titres apporte une couleur supplémentaire, parfois rugueuse, parfois délicate. Paul Provost aux claviers enrichit l’ensemble d’une chaleur vintage, tandis que Sarah O’Halloran offre des chœurs subtils qui adoucissent certains refrains.
Le sommet émotionnel de l’album est sans doute « Goin’ Down Slow », une pièce traditionnelle arrangée par Halloran, qui s’étire sur plus de dix minutes. Le groupe y prend son temps, respire, laisse les instruments dialoguer. C’est un moment suspendu, presque méditatif, qui rappelle que le blues n’est pas seulement une musique mais aussi un espace, un souffle, une manière d’habiter le monde.
« Welcome to Sunderland » est une carte postale musicale, un clin d’œil à une communauté, un hommage à une vie entière consacrée au blues. On y retrouve tout ce qui fait la force du Wildcat O’Halloran Band, la générosité, la maîtrise, l’humour, la proximité, et cette capacité rare à faire du blues une fête autant qu’une confession.
Un disque qui donne envie de les voir sur scène, là où leur musique prend toute son ampleur. Et une nouvelle pierre à l’édifice d’un groupe qui, décidément, ne connaît pas la signification du mot ennuyeux.