The one mic sessions
(Autoproduction – 2026)
Durée 17’06 – 11 Titres
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On rencontre parfois des artistes dont la trajectoire semble sculptée par les paysages qu’ils habitent. Sunday Wilde fait partie de ceux-là. Originaire des vastes étendues du nord de l’Ontario, elle a façonné un blues singulier, nourri de solitude, de nature, de spiritualité et d’une sensibilité à fleur de peau. Pianiste instinctive, chanteuse habitée, autrice à la plume acérée, elle s’est imposée au fil des années comme l’une des voix les plus authentiques et les plus atypiques de la scène blues contemporaine.
Sunday Wilde n’a jamais cherché à entrer dans un moule. Son univers oscille entre le blues des origines, le gospel, le cabaret déglingué et une forme de folk hantée. Sa voix, reconnaissable entre mille, peut se faire caressante ou rugueuse, fragile ou volcanique, mais toujours profondément humaine. Depuis ses débuts, elle enchaîne les albums salués par la critique, accumule les distinctions internationales et s’impose comme une conteuse d’émotions brutes, capable de transformer chaque chanson en confession nocturne.
Avec « The One Mic Sessions », Sunday Wilde franchit une nouvelle étape dans sa quête d’authenticité sonore. Et le résultat est tout simplement saisissant.
Enregistré dans le studio de Mark Saville, co‑éditeur, producteur et ingénieur du projet, cet EP repose sur un pari audacieux, capter l’intégralité de la performance autour d’un seul micro, un AEA R‑88 à rubans, le même type de rubans que le mythique R‑44. Pas de triche, pas de retouches, pas de séparation des pistes. Juste Sunday Wilde, son piano, sa voix, et les musiciens réunis dans la même pièce, respirant ensemble, jouant ensemble, vivant ensemble.
Ce choix technique, presque anachronique, donne au disque une chaleur organique qui rappelle les premiers enregistrements blues du milieu du XXᵉ siècle. On y entend tout, le grain du bois, le souffle des instruments, les micro‑variations de dynamique, les regards implicites entre musiciens. L’enregistrement en DSD stéréo, puis le mastering à Nashville par Tommy Dorsey (Masterfonics), parachèvent cette esthétique vintage sans jamais la figer dans la nostalgie.
Le single « One Mic Love Bender », déjà demi‑finaliste à l’International Songwriting Competition, résume parfaitement l’esprit du projet. Sunday y déploie une intensité vocale rare, oscillant entre sensualité et déchirure, tandis que le piano martèle un groove hypnotique. On sent la pièce vibrer autour d’elle, comme si chaque note était captée au moment exact où elle prend vie.
L’ensemble de l’EP respire cette urgence maîtrisée. Sunday Wilde y apparaît plus libre que jamais, débarrassée des artifices, recentrée sur l’essentiel, l’émotion pure. Sa voix, parfois rauque, parfois lumineuse, s’impose comme le fil conducteur d’un voyage intime où le blues retrouve sa fonction première, dire la vérité, sans filtre.
« The One Mic Sessions » n’est pas seulement un EP réussi, c’est également un témoignage. Celui d’une manière de faire de la musique qui disparaît peu à peu, remplacée par les outils numériques, les corrections infinies et les productions millimétrées. Ici, tout est vrai, tout est vivant, tout est fragile, et c’est précisément ce qui rend ce disque précieux.
Sunday Wilde signe l’un de ses projets les plus sincères, les plus incarnés, les plus proches de l’os. Un disque qui rappelle que le blues n’a jamais eu besoin de grand-chose pour toucher au cœur, juste une voix, un piano, une pièce, et une vérité qui ne ment pas.